DEFI : De nouvelles expérimentations
Dans nos classes, près de 15% des élèves possèdent un vocabulaire exsangue à l’entrée au CP ; ils acquièrent quelques aptitudes au déchiffrage des mots à huit ans alors qu’ils devraient comprendre des textes d’une quinzaine de lignes ; ils parviennent difficilement à repérer quelques informations ponctuelles à douze ans quand on attendrait qu’ils soient des lecteurs autonomes capables de lire avec autant d’efficacité un conte merveilleux, un énoncé de mathématique ou un texte scientifique. Brutalement livrés à eux-mêmes face aux exigences disciplinaires du collège, ces élèves vont alors vivoter pendant trois ou quatre ans en ne tirant aucun parti de leurs études secondaires ; l’institution les passera par pertes et profits. Tant que nous accepterons que l’échec, très tôt programmé, des « mal-nés » débouche naturellement sur l’enseignement technique et professionnel, nous marquerons ce dernier au fer de la honte et de la frustration. En l’état actuel de notre système éducatif, la réponse n’est ni un passage complaisant d’un niveau à l’autre, couronné par l’obtention quasi automatique du DNB (diplôme national du brevet), ni un redoublement aveugle et sans efficacité et évidemment pas non plus la constitution de « groupes de niveau qui officialiserait une école à deux vitesses. La seule solution pertinente –et honorable- serait de gérer avec lucidité et exigence chacun des différents paliers que les élèves les plus fragiles ont tant de mal à franchir de la maternelle au collège. C’est, en effet, lors de ces passages critiques que l’on « perd » ces élèves. C’est donc bien là qu’il faut inventer « un système de sauvetage »qui les empêche de « couler » inéluctablement. Trois paliers devraient prioritairement se voir chacun dotés de ce que l’on appellera un « sas de transition »: le passage de la GS au CP afin de s’assurer d’une maîtrise suffisante du langage oral avant l’apprentissage de la lecture ; le passage du CE2 au cours moyen afin de garantir que la fluidité du déchiffrage porte une compréhension équilibrée et autonome ; enfin le passage du CM2 au collège afin d’accroitre l’endurance de lecture et surtout de s’assurer que tous les élèves sachent comprendre les textes dans toutes les disciplines. L’idée est donc, lors de ces trois moments-clefs, de donner une chance à tous ceux qui, sans cela, seraient abandonnés sur le bord du chemin, voués à des voies honteuses de relégation. Dès la fin du premier trimestre, seront donc administrées en français et en mathématiques à tous les élèves des évaluations diagnostiques simples et efficaces qui dresseront le profil des compétences de chacun en matière de compréhension. C’est sur cette base que seront alors programmés des parcours de perfectionnement ciblés, tous visant la maîtrise différenciée de la compréhension. L’équipe pédagogique de chaque établissement pourra ainsi instaurer une démarche lucide de différenciation pédagogique de huit mois qui, à raison de trois heures par semaine, permettrait d’accompagner chacun selon ses besoins vers une réussite au niveau supérieur. Une évaluation finale passée au mois de juin permettra de juger des progrès des élèves fragiles. Un tel système transformera ce qui aujourd’hui constitue des pièges pour « enfants mal nés » en tremplins pour que le passage au niveau supérieur ne soit pas synonyme de défaite. L’année dernière, l’expérimentation du dispositif DEFI dans le 19° arrondissement de Paris a permis à 39% des élèves en grande fragilité de quitter cette catégorie pour entrer dans les catégories moyenne et supérieure. Cela a motivé des équipes du 12ème arrondissement à rentrer dans le dispositif à la dernière rentrée. Cette année ce sont 22 nouvelles classes qui suivent le programme DEFI en Bretagne dans les Côtes d’Armor. Les progrès sont déjà salués par les enseignants. Les élèves les plus fragiles participent et comprennent davantage les écrits en français comme en mathématiques grâce aux ateliers différenciés. Les évaluations diagnostiques ciblées par compétence aident les professeurs à connaître les besoins de chacun et les guident dans le choix des activités de perfectionnement ou de remédiation à programmer. Chaque élève peut ainsi progresser à son rythme pour acquérir une meilleure maîtrise de la langue. Tous les enseignants engagés dans DEFI bénéficient de 12 à 18 heures de formation pour mettre en œuvre un programme ambitieux mais « clé en mains » grâce à un site internet ressources. Les professeurs sont formés à des contenus mais aussi à des démarches pédagogiques qui leur permettent de gérer plus facilement l’hétérogénéité de leur classe. DEFI est par conséquent un programme qui favorise les apprentissages de tous les élèves, mais qui développe également de réelles compétences professionnelles. De la même manière, à l’invitation d’Alain Bentolila et du secrétariat général de l’Enseignement Catholique, deux diocèses ont répondu favorablement à une première expérimentation dans le réseau des écoles catholiques. 5 établissements de la Drôme et 5 établissements de l’Ardèche ont commencé ce travail. 25 enseignants dont 7 enseignants spécialisés accompagnent l’expérimentation dans le cadre de leur fonction « Personne ressource » et en lien avec les 3 chargées de mission des deux diocèses. 12 heures de formation ont permis aux équipes de se préparer et de se lancer dans DEFI en confiance : 6 h en présentiel et 6h en visioconférence. Un lieu de partage, de questionnement et d’entraide en ligne a aussi été mis en place sur le site Whaller par le SGEC. En fin d’année, 6 nouvelles heures de formation et de bilan auront lieu, nous aurons alors plus d’éléments à communiquer à partir des retours des enseignants engagés dans ce travail.
Pour conclure, nous retiendrons qu’à la demande de la DGESCO nous avons la volonté de doubler chaque année le nombre des établissements engagés dans l’opération DEFI.
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