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La quête de la spiritualité et la conquête du savoir

Alain Bentolila, 13/10/2026

LESSING (Eine Duplik, 1778) écrivait : « Si Dieu tenait dans sa main droite toute la vérité et dans sa main gauche la seule quête inlassable de la vérité, et me disait : choisis ! Je me précipiterais vers sa gauche et dirais : « Père, donne ! Car la vérité pure est pour Toi seul. » Ephraïm Lessing nous renvoie ainsi au Livre des Proverbes : « La gloire de Dieu est de cacher Sa parole, la gloire des hommes est de la chercher ». Toute forme de spiritualité, quel que soit le nom de Celui qui l’incarne, quelque soient les rituels qui la célèbrent devrait inviter à une élévation éclairée, née d’un engagement lucide et en aucun cas imposer une soumission servile à une révélation dogmatique. L’apaisement, la consolation, l’espoir qu’offre une quête spirituelle ont un prix : le courage du doute, la constance du questionnement, la volonté de l’apprentissage et le goût de l’échange ferme et fraternel. Ce qui vaut pour la quête spirituelle vaut aussi pour l’apprentissage des savoirs : un élève ne reçoit pas passivement le savoir, il le conquiert ; cela signifie qu’il est prêt à produire sa part d’efforts pour l’interpréter comme aucun autre élève ne l’interprétera et cela suppose aussi que lui soient laisser le temps et la liberté de le questionner avec autant de respect que d’audace. Mais pour beaucoup d’élèves, la langue juste et précise de l’école est peu ou mal maîtrisée et Ils sont ainsi condamnés à un apprentissage de la lecture et de l’écriture d’une insigne médiocrité ; la récitation remplace alors l’analyse, l’oralisation systématique chasse la compréhension, la copie efface la production singulière. Une maîtrise insuffisante du langage écrit et oral garantit ainsi à des autocrates cyniques souvent complices d’un clergé jaloux de son pouvoir, une population soumise et crédule.

La plupart de nos enfants brûlent d’envie de savoir d’où ils viennent, qui ils sont et où ils vont mais bien peu sont prêts à consentir à faire l’effort du sens par le dialogue, le questionnement et l’argumentation. Recevoir des réponses immédiates et définitives est donc une tentation à laquelle beaucoup succombent Apprendre à construire en partageant avec d’autres leurs doutes et leurs inquiétudes, leur semble bien trop difficile ! En d’autres termes, ils voudraient être sortis du tunnel de la spiritualité et de l’apprentissage sans avoir pris le temps de le creuser. Ils cheminent donc sur la voie de la passivité et s’habituent à n’accepter que des réponses évidentes et définitives. Ils seront ainsi vulnérables face à tout faux prophète qui prétend apaiser, d’une formule, leur peurs archaïques. Ils seront à la merci de la pire propagande, celle qui dénonce des complots et des boucs émissaires ; et ils avalerons les mensonges et les fausses vérités.

L’école doit donc proposer une élévation libératrice laïque qui invitera chaque élève à faire l’effort du sens et à confronter ainsi ses propres interprétations à celles des autres avec autant de respect que de discernement et ce, quelle que soit la nature des textes proposés, profanes ou sacrés. Quant à ceux qui proposent les voies d’une élévation spirituelle, ils doivent veiller à ce que le spirituel l’emporte sur le rituel et l’universel sur le sectarisme. J’appelle donc à une alliance entre une spiritualité ouverte qui rassemble au lieu de séparer et un apprentissage scolaire qui invite en toute lucidité à chercher des conclusions toujours provisoires. L’une comme l’autre laisseront place au doute à l’analyse et au questionnement.

Nous devons définitivement comprendre que les « leçons de morale républicaine » n’ont pas la moindre chance de former nos élèves à résister aux chants des sirènes sectaires qui leur promettent un savoir frelaté mais consommable et une consolation confessionnelle insignifiante mais à peu de frais, à la seule condition qu’ils renoncent à leur liberté de penser. L’école doit au contraire les convaincre que ce qui les unit, quelle que soit leur appartenance, est plus fort que ce qui les divise. Si l’on veut un jour que s’apaisent la vengeance et la haine qui minent notre société, notre seul espoir de résilience repose peut-être -s’il en est encore temps- dans la capacité des parents, des enseignants et des tuteurs de transmettre la volonté de relever pacifiquement le défi de l’altérité et de l’inconnu afin que les enfants osent plus tard faire l’effort du franchissement ; afin qu’ils choisissent de parler et d’écrire plutôt que de détruire. Il faut donc proposer aux élèves de questionner les textes fondateurs et les inviter à débattre sur les questions universelles que chacun d’eux pose ; et il faudra bien sûr les aider à produire eux-mêmes des récits sur ces mêmes thèmes universels. En d’autres termes les élèves, portés par une pédagogie émancipatrice, amélioreront considérablement la précision et la liberté de leur lecture et de leur écriture ; ils apprendront que, quelle que soit la nature d’un texte -profanes ou sacrés-, chacun d’eux doit pouvoir l’interpréter et le questionner : leur droit de comprendre singulièrement et d’argumenter clairement est imprescriptible. Les élèves pendront peu à peu conscience que d’où qu’ils viennent, quelle que soit leur croyance, ils peuvent, parce que frères humains, se poser les mêmes questions et y apporter ensemble des réponses raisonnablement débattues.

J’entends déjà les « pleutres » nous dire : « pourquoi prendre de tels risques ? pourquoi rapprocher laïcité et spiritualité ? Gardons-nous à l’école des sujets trop sensibles !». Mais les questions universelles, que ces « résignés » qualifient de « sensibles », sont justement celles qui ont la meilleure chance de tisser des liens entre des élèves de cultures, d’origines sociales et de confessions différentes parce qu’elles exigent que chacun regarde plus haut et que chacun dépasse les limites fixées par son appartenance. C’est dans une école qui forme à la résistance spirituelle et intellectuelle que l’on apprendra à résister aux gourous sectaires, aux enrôleurs politiques et aux vendeurs de haine et de violence.

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