13L’enfant apprend les règles de la communication

Bien des enfants n’ont pas la chance qu’une mère ou qu’un père suffisamment attentifs leur disent : « Je n’ai pas compris ce que tu m’as dit ! » et les conduisent avec fermeté et bienveillance sur le chemin de la communication juste. Ces enfants ont l’illusion que « cela va sans dire » et ont un urgent besoin qu’on leur fasse vivre les droits et les devoirs de celui qui utilise le langage pour se faire comprendre.

La question n’est pas d’apprendre à parler bien, elle est de s’efforcer de parler juste ; c’est-à-dire de choisir les moyens linguistiques adaptés à un auditeur particulier, à une situation particulière et à un projet particulier. Qui est (sont) celui (ou ceux) auquel (auxquels) je m’adresse ? Que sait-il (savent-ils) déjà de ce que je vais lui (leur) dire ? Qu’elle est le projet de mon acte de communication (Raconter, séduire, convaincre faire réaliser un dessin ou un objet…) ?

Apprendre les règles de la communication suppose donc que l’enfant accepte de soumettre son message à deux questions : « Ai-je été compris comme je l’espérais, au plus juste de mes intentions ? » et « Ai-je fourni à celui (ou ceux) qui m’écoute(nt) les informations nécessaires pour qu’il(s) puisse(nt) me comprendre ? »

Prenons un exemple

Enseignant, vous avez réuni autour de vous quelques élèves de grande section. Auparavant, vous avez dessiné sur une feuille une composition très simple : deux ronds, celui du dessus rouge, l’autre bleu. Dans le rouge une étoile jaune au milieu ; dans le bleu, un oiseau vert vers le bas. Sous le rond rouge une croix bleue ; sous le rond bleu une croix rouge. On peut bien sûr proposer selon le niveau des enfants un dessin plus ou moins complexe.

Vous prenez un élève à part et lui dites : « Regarde très attentivement ce dessin que j’ai fait. Prends ton temps car, une fois que tu l’auras bien en tête, tu vas devoir aller expliquer à tes petits camarades, là-bas, comment dessiner le même. Attention, n’oublie pas qu’ils n’ont pas vu le dessin et que toi seul peux les aider à le faire ! »

Une fois le dessin tranquillement examiné, l’élève le pose et va expliquer à ses camarades comment le réaliser. Vous enregistrez ce qu’il leur dit ou vous prenez des notes. Chacun des autres élèves exécute alors individuellement son dessin. Vous les ramassez et les étalez tous sur une table avec le dessin modèle.

Premier constat unanime : « Tiens ! Ils ne sont pas pareils ». On va donc identifier les différences. Et la question se pose : « Pourquoi y a-t-il ces différences ? » On va réécouter le message et on va se rendre compte que le « messager » a pris quelques libertés avec le dessin modèle. Mais vous ferez constater aussi que certains des dessinateurs ont suivi avec insuffisamment de fidélité les directives données. Chacun est donc renvoyé à ses responsabilités : le locuteur à ses imprécisions et les auditeurs à leur inattention. Vous les invitez alors, tous ensemble, à reconstruire un message aussi proche que possible du dessin modèle afin d’éviter les erreurs identifiées. Vous faites alors venir un élève qui n’a pas participé à l’atelier et qui, à l’écoute du message amélioré, fera un dessin beaucoup plus proche du modèle.

Dans la même logique, avec le même rituel, vous pourrez demander à un élève de raconter à ses camarades une histoire que vous lui avez lue précédemment. Vous ferez émerger les différentes représentations de chaque élève et montrerez à la fois la diversité légitime des interprétations et la nécessité, pour le narrateur et pour les auditeurs, de respecter les directives de l’histoire que vous lui avez lue.

C’est à vous d’aider chaque élève à comprendre qu’un message n’est pas une simple invitation à regarder un spectacle mais la source essentielle d’informations lui permettant de se faire comprendre aussi précisément que possible. Apprenez-leur donc à doser la quantité des informations et à définir leur organisation afin de s’adapter au mieux à une situation spécifique de communication.


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