Le défi que nous proposons est de faire découvrir la dimension universelle des textes fondateurs profanes à travers leur magnifique diversité narrative. Il faudra donc que l’action éducative en milieu carcéral mette au cœur de ses propositions éducatives un inventaire de récits fondateurs profanes. Ces textes n’ont rien d’une explication du monde, rien d’une chronique, encore moins d’un témoignage ; c’est une collection organisée des récits différents qui se font écho et qui furent tissés de bouche en bouche, passés de mains en main pour donner du sens aux grandes questions que de tout temps se posèrent les Hommes. C’est donc à une éducation éclairée contre une révélation obscure que les enseignants inviteront les participants. Ils leur apprendront à tisser ensemble les fils de récits fondateurs différents qui les rassembleront autour de questions essentielles au lieu de les opposer. Ils leur montreront comment elles les réunissent tous dans leur humanité.

 

De la compréhension libre et rigoureuse au débat ferme et respectueux

La démarche que nous proposons associe deux objectifs complémentaires : apprendre à Comprendre et apprendre à Débattre et à Interpréter (ACDI). Un même texte fera l’objet d’abord d’un Atelier de Compréhension de Texte (ACT) puis dans un deuxième temps d’un Atelier de Débat Interprétatif (ADI) : la juste compréhension du texte assurant la saine exégèse de la question qu’il pose.

Apprendre à comprendre, l’ACT

Les participants apprendront à établir un juste équilibre entre les deux exigences de la lecture : équilibre entre les légitimes ambitions d’interprétation personnelle et prise en compte respectueuse des conventions du texte. Apprendre à comprendre un texte exige que les participants à l’atelier vivent la démarche de compréhension avec lucidité afin de prendre conscience des droits et des devoirs qu’elle impose. Le mode d’accompagnement sera donc fondamentalement différent de celui d’une relation d’enseignement traditionnelle.

L’enseignant commencera par « accoucher » les représentations que chacun des participants se fait du texte proposé. Il les accueillera avec patience et bienveillance et en gardera les traces précieuses dans leur diversité. Il sait que l’importance à ce premier stade c’est que la fonction imageante de chaque élève opère dans sa singularité.

Vient ensuite le temps de l’arbitrage et du tri; le temps où le texte et son auteur revendiquent leur droit légitime de distinguer l’interprétation acceptable de la trahison.

Au sein de l’ACT, on doit donc d’abord faire confiance à l’imagination singulière de chaque participant puis la confronter aux directives du texte. En vivant ensemble les difficiles négociations du sens d’un texte, ils prendront progressivement conscience des articulations de la démarche de compréhension. Ils saisiront que cette démarche autorise audace et liberté mais demande rigueur et exigence.

Apprendre à débattre et à interpréter, l’ADI

C’est donc sur la base nécessaire d’une compréhension exigeante des textes que les enseignants ouvriront un débat interprétatif sur les grandes questions universelles que les récits, quelle que soit leurs origines respectives, posent avec la même urgence. Les participants réaliseront que des textes d’origines différentes évoquent les mêmes questions essentielles et réaliseront ainsi qu’elles peuvent les rassembler au lieu de les déchirer.

Les textes fondateurs proposés seront ainsi articulés par deux ou trois en fonction des questions communes qu’évoquent le duo ou le trio. Ainsi un texte posant la question suivante « La vulnérabilité condamne-t-elle ou protège-t-elle ? » fera l’objet d’un premier ACDI qui sera suivi d’un second atelier « jumelé » qui posera, à partir d’un nouveau texte, la même question universelle. Cela permettra à la fin du deuxième ACDI de mettre en évidence la convergence du sens de chaque texte.

Tout « l’art pédagogique » consistera à équilibrer subtilement des postures qui peuvent apparaître contradictoires :

  • Accepter et garder traces avec bienveillance des interprétations de chaque participant, mais rappeler avec fermeté les exigences du texte.
  • Faire découvrir le caractère universel de la question que pose le texte tout en acceptant que chaque participant « y mette du Sien »
  • Faire que chacun s’exprime tout en respectant la parole de l’autre
  • Encourager la parole de chacun dans sa spontanéité tout en incitant à une juste argumentation ;

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