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Les essentiels sur l’apprentissage de la lecture


– Ce qu’il faut savoir sur les méthodes de lecture –

Bien souvent, l'enseignement de la lecture tente vainement de concilier l'inconciliable. Faire comprendre comment fonctionne le code écrit par la découverte de ses mécanismes graphophonologiques et en même temps, sur les mêmes supports, tenter de faire découvrir la compréhension des phrases et des textes. Or chacun de ces deux objectifs distincts et complémentaires exige que l'on s'appuie sur des supports écrits de dimension et de nature très différente. La découverte du principe alphabétique exige que l’on fasse manipuler aux élèves des mots simples, soigneusement choisis pour mettre en évidence les différents mécanismes. Au contraire, la prise de conscience de la compréhension demande des écrits riches, authentiques et passionnants. En tentant de faire découvrir, à partir d'un même support écrit, comment "marche" le code et comment on comprend un texte, on en arrive à appauvrir, voire à pervertir l'une et l'autre des deux démarches. Soit on condamne vos enfants à des textes trop brefs, insipides, sans aucune ambition sémantique et sans aucune signification sociale qui ne pourront leur révéler ce que c'est que lire. On aura alors le choix entre « Papa fume la pipe » et «Lily lit dans les lilas». Soit nous les exposerons à textes certes riches, variés et porteurs de sens mais qui se prêteront mal à la mise en évidence des relations qui lient les lettres et groupes de lettres de l'écrit aux sons de l'oral. Or il n'est pas question de négliger l'un ou l'autre de ces deux objectifs : hors de question pour l'apprenti-lecteur de se priver de tout contact avec de belles histoires qui lui dévoilent les promesses de l’apprentissage. Hors de question non plus de négliger la découverte, rigoureusement conduite, des relations graphophonologiques nécessaires à la prise de conscience du principe alphabétique. C’est en partie aux parents de veiller à ce que, durant les premiers mois de l'apprentissage, ces deux objectifs soient clairement distingués afin d'être poursuivis chacun avec une égale rigueur. Vous lui lirez donc régulièrement des histoires de façon orale. Et parallèlement, en respectant la progression du manuel scolaire utilisé, vous vérifierez la maîtrise des relations graphophonologiques. Lorsque votre enfant aura découvert le principe alphabétique, lorsqu'il aura compris le rôle joué par les indicateurs grammaticaux, lorsqu'ils auront ainsi acquis une progressive autonomie de décodage, vous pourrez l’inviter alors à une lecture de plus en plus autonome de textes de textes de plus en plus variés.

Des polémiques méthodologiques sans fondement scientifiques, attisées par des prises de positions idéologiques, ont condamné l’apprentissage de la lecture à une cinquantaine d’années d’errance en matière de choix pédagogiques et de contenus de formation. Deux groupes se sont ainsi longuement affrontés – et s’affrontent encore – mélangeant, jusqu’à la caricature, pédagogie et idéologie, et oubliant, l’un comme l’autre, l’intérêt des enfant les plus fragiles. Ils s’accusent réciproquement, encore aujourd’hui, d’être les « fossoyeurs de l’éducation » ; ils préfèrent les slogans, les mots d’ordre et les anathèmes à la rigueur méthodologique et au suivi lucide de chaque élève. D’un côté, se trouvent ceux qui, uniquement préoccupés d’assurer un déchiffrage automatisé des mots, oublient que la compréhension des mots, des phrases et des textes ne découlera pas « naturellement » de cette seule habileté. Ils négligent donc le fait que la construction du sens doit faire l’objet d’un apprentissage explicite. De l’autre côté, il y a ceux qui, trop naïvement séduits par le chatoiement des textes, oublient que l’entraînement au maniement des mécanismes du code et la reconnaissance précise des mots peuvent seuls assurer la précision de la lecture. Dans cette « guérilla méthodologique », chacun brandit son écusson : méthode strictement syllabique pour les uns ; albums de jeunesse illustrés pour les autres.

Ne vous laissez jamais enrôler dans l’un ou l’autre camp ; le seul engagement que vous devez prendre en matière d’apprentissage de la lecture est le suivant: « Je refuse que l’insécurité de lecture et l’impuissance d’écriture de mon enfant soit programmées dès 6 ans. Je veillerai donc à lui donner un langage oral riche et précis ; une solide habileté de décodage et une juste capacité de compréhension. Vous devez être capable sans préjugés d’analyser la méthode de lecture qui lui sera proposée, afin de savoir comment compenser ses points faibles et utiliser au mieux ses points forts dans une juste complémentarité avec les activités scolaire. Car c’est la qualité d’accompagnement dont votre enfant bénéficiera dans sa famille avant d’apprendre à lire, pendant qu’il apprend à lire et quand il aura à affronter la distance et la diversité des livres qui fera de lui un lecteur efficace et heureux

– Les quatre types de méthodes de lecture –

On dit souvent qu’elle met en œuvre un modèle ascendant : c'est-à-dire que l’on part de l’unité son et lettre puis, par combinaison successives, on arrive à la syllabe, au mot, à la phrase et au texte. La méthode synthétique propose donc à l’enfant d’apprendre à distinguer des unités minimales (sons ou lettres) en commençant par des activités de discrimination visuelle des lettres et de discrimination auditive des sons de la langue. Cette démarche réflexive, conduite lors de l’apprentissage, est loin d’être naturelle pour l’enfant qui pratique la langue orale comme monsieur Jourdain et n’a donc pas la moindre idée de la segmentation des phrases qu’il prononce. L’enfant doit donc développer sa conscience phonologique, c’est-à-dire percevoir qu’un mot se compose d’unités fréquentes ou rares, régulières ou irrégulières, mais distinctes et reproductibles. Ainsi donc la démarche phono-graphique cherche à faire identifier par l’enfant les unités de la langue orale qu’il connaît, et à découvrir les relations, on dit « les correspondances » qu’elles entretiennent avec leurs représentations écrites. L’enfant doit tout d’abord découvrir que changer un seul son d’une série peut changer le sens : /tro/ - /gro/ ou /bol/ - /bal/, ou /mal/-/bal/-/dal/ ou /léo/ - /léa/, etc. Il doit ensuite saisir que les graphèmes (lettre ou groupes de lettres) sont l’équivalent des phonèmes pour la langue écrite et en représentent la plus petite unité distinctive. Enfin, lorsque l’enfant aura compris qu’à toute unité sonore correspond une unité écrite (même si elle peut se traduire par une ou plusieurs lettres comme CH, PH, OU…), il aura compris le « principe alphabétique ». C’est dans la méthode synthétique qu’on distingue clairement « voie directe » et « voie indirecte » :

On a reproché à la méthode synthétique son côté artificiel et technique. Certains ont regretté que l’enfant ne soit pas mis d’emblée en face de vrais textes au moment où il décompose et recompose. Et que la conquête du sens se trouve ainsi différée.
La plupart des travaux de chercheurs montrent que la méthode synthétique, parce qu’elle donne des outils très systématiques et précis de maîtrise des mécanismes du code, est adaptée à tous et permet, assez vite, d’entrer dans une forme d’autonomie de lecture, notamment pour les élèves les plus fragiles au plan linguistique.


CONSEILS

Si votre enfant suit une méthode synthétique, il vous appartient de « compenser » certains aspects parfois délaissés par des manuels de ce type. Il s’agit de les faire accéder à la construction du sens alors que les méthodes synthétiques mettent un accent très prononcé sur les mécanismes du code. Ainsi :

Lisez systématiquement des histoires en prenant le temps nécessaire à vous assurer de leur compréhension. Demander à la fin de chacune quel film votre enfant s’est fait dans sa tête ; n’hésiter pas à rappeler le texte en cas de dérapage intempestif. Faites parler des personnages, interrogez vous sur les lieu et sur la chronologie des actions. Expliciter certains mots difficiles.

Tous les jours faites une cueillette de mots : deux mots nouveaux par jours dont on cherche le sens. Sens propre mais aussi sens dans des phrases différentes. On constitue avec l’enfant un « trésor de mots » que l’on ira revisiter régulièrement.
Faites découvrir dans une phrase les « morceaux » qui disent « QUI ? », ceux qui disent QUOI ?, OU ?...

Certains l’appellent méthode idéovisuelle, logographique, le plus souvent « globale » (abusivement). La méthode analytique consiste à partir de matériaux écrits et à formuler des hypothèses sur leur fonctionnement. L’enfant, qui utilise d’abord des fragments entiers (souvent des mots) pour construire un message écrit (une phrase ou plusieurs), est ensuite amené à analyser le code écrit (à travers des textes) pour en déduire son fonctionnement de manière de plus en plus précise. Sans référence à la structure de la langue orale en particulier. Oral et écrit sont même parfois considérés comme des codes distincts. Se fondant sur l’idée contestable que l’on peut apprendre une langue étrangère en ne passant que par l’écrit et sans savoir la prononcer ou la parler amènent les élèves à considérer l’écrit de la langue comme un code nouveau spécifique.

La méthode analytique défend donc une sorte d’immersion dans le texte l’écrit, notamment en partant d’emblée d’albums de jeunesse. Elle préconise donc un accès immédiat et prioritaire au sens. La part accordée aux pratiques culturelles de la lecture, à la connaissance de l’objet livre y est donc importante. Par contre le travail patient et rigoureux sur le code graphophonologique et grammaticale est quasiment absent.

Cette méthode impose à l’enfant une charge mémorielle de plus en plus lourde au fur et à mesure de la découverte de nouveaux mots et de nouveaux textes, puisque que l’enfant doit retenir des mots entiers, considérés comme des images graphiques chacune associée à un sens particulier. Elles induisent parfois une maîtrise incertaine de l’écrit, des problèmes orthographiques et, surtout, n’est pas favorable à un apprentissage rapide par les élèves les plus fragiles.


CONSEILS

Avec des méthodes plutôt orientée sur l’analyse des textes et phrases, le danger est évidemment d’encourager l’imprécision dans l’identification des mots et d’inciter à un tâtonnement aléatoire source d’erreurs et d’ambiguïtés. Vous allez faire travailler les mécanismes du code qui permettent de ne pas confondre les mots. Ainsi

Faites découvrir à l’oral et à l’écrit, une même syllabe dans des mots différents : TAPIS, TABLEAU…

Faites trouver des mots qui riment : JARDIN, BOUDIN,GADIN…

Faites distinguer des mots très proches : TABLE, SABLE, CABLE

Faites remarquer les différences entre p, q, b, d et m, n, u …

Prenez soin de faire remarquer que BR de ARBRE n’est pas RB du même mot et que « CARtable » n’est pas « CRAtable »….

Une méthode mixte est un savant mélange des méthodes analytique et synthétique ; en bref, la recherche d’une démarche efficace, reprenant à la fois les avantages et les points les plus intéressants de chacune. Les « méthodes mixtes » sont très présentes et déclinées de nombreuses façons, principalement dans les manuels scolaires. Elles présentent l’attrait d’un tout, mais elles ne sont pas homogènes.

Certaines privilégient une abondance de textes dès le début du CP, forcément illisibles par l’élève seul. Cette tendance diffère souvent jusqu’au deuxième trimestre l’observation des lettres ou des groupes de lettres et leur correspondance avec les sons. Cette méthode mixte donnant ainsi priorité aux textes, la progression de la découverte des graphies et des sons est dictée par le texte étudié ce jour-là. Ce déséquilibre pourra provoquer chez l’élève une confusion entre les moyens d’apprendre à lire ; par cœur ou en décomposant ?)

Certaines méthodes dites mixtes sont heureusement plus rigoureuses. Elles commencent dés le début de l’année à faire découvrir les mécanismes du code écrit et les relations entre graphèmes et phonèmes. La progression est rigoureuse et s’affranchit des phrases et des textes rencontrés. Afin de permettre aux élèves de lire rapidement des phrases, ces méthodes acceptent le principe de donner globalement des mots outils tels que les articles (le, la, les…), les pronoms (il, elle), quelques prépositions (dans, sur, etc.) et, avec précaution, quelques mots lexicaux souvent déjà appris en maternelle.


CONSEILS

Faites réviser systématiquement ces « petits mots pour vous assurer de leur juste identification.

Compensez les manques en travaillant régulièrement sur les mécanismes du code

Lisez très régulièrement des histoires comme indiqué plus haut

Cette méthode est la plus récente et sans aucun doute la plus efficace. Elle propose d’associer dès le début l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Elle dédie des moments spécifiques à l’enseignement du principe alphabétique, elle fait découvrir le principe orthographique et en même temps, elle développe une pédagogie de la compréhension des mots, des phrases et des textes. Les trois composantes essentielles de l’apprentissage de l’écrit sont ainsi traitées de façon complémentaires.

Chacun de ces objectifs s’appuie sur des supports écrits de dimension et de nature distinctes. La découverte du principe alphabétique puis la manipulation du code exigeant la manipulation de segments courts et soigneusement choisis pour permettre de repérer les unités distinctives orales et écrites. La découverte du principe orthographique imposant la présentation des lettres muettes et des familles de mots, des marques de genre et de nombre et des homophones non homographes. La compréhension des phrases demandant au contraire des écrits riches, étonnants voire incongrus ; enfin la compréhension des textes appelle des histoires cohérentes et passionnantes.


CONSEILS

Tant qu’un enfant n’aura pas acquis une réelle capacité de décodage, il faut que vous proposiez à votre enfant la lecture à haute voix des phrases inattendues qui font ressortir le pouvoir créatifs de la grammaire et que vous lui offriez la lecture de textes aussi riches et variés que possible, c’est ainsi que vous lui dévoilerez les promesses du savoir-lire. Durant cette même période a lieu la découverte des mécanismes du code : identification des graphèmes dans leurs correspondances respectives avec mes sons et repérages des indices orthographiques.

C’est seulement lorsque votre enfant commencera à maîtriser le code, lorsqu’il aura acquis une progressive autonomie de déchiffrage des mots, que l’approche du sens et des mécanismes du code pourront se rejoindre et s’appuyer sur les mêmes supports écrits. Mais il ne faut pas oublier que tous les enfants ne maîtrisent pas au même rythme l’identification des mots et son automatisation. C’est pourquoi un il ne faut pas craindre de prolonger tout au long de l’année de CP la lecture à haute voix offerte à votre enfant.

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