Les moteurs de l’apprentissage

  • La dérivation

Beaucoup de mots français peuvent bénéficier d’un ajout de petit fragment de mot, en début (préfixe) et en fin (suffixe) de mot avec, en général, un morceau central commun, la racine (quand c’est un verbe, on dit, le radical, et on lui ajoute des terminaisons). Le mieux, c’est de s’amuser avec l’enfant en utilisant des mots et en se demandant ce qu’on peut ajouter au début et/ou à la fin. Une sorte de jeu « possible/impossible ».

 

Exemple de “porter
Apporter, apport, déporter, déportation, reporter, report, rapporter, rapport, colporter, colportage, colporteur, supporter, support, importer, import, importation, importateur, exporter, exportateur, export, exportation, comporter, comportement, transporter, transport, transportable, transportation, transporteur, aéroporté, aéroportuaire, aéroport, héliporter, insupporter, insupportable téléporter, téléport, téléreporter, téléreportage…

 

Le nombre des dérivations possibles est vertigineux. On en voit le potentiel sur le site du Robert (www.lerobert.com/le-robert-illustre/pdf/dictionnaire-des-elements-de-formation.pdf) qui nous montre que tant de mots qui nous paraissent ordinaires ne sont que des amalgames parfaitement compréhensibles ou presque si l’on connaît la mécanique dérivationnelle !

 

  • La synonymie

Elle consiste à trouver des mots dont les significations ou le sens dans un texte permet de dire qu’ils sont assez proches et qu’on peut, sans risquer de trop changer le sens, les substituer les uns aux autres.

Par exemple « joie, plaisir, satisfaction, allégresse, contentement, jubilation… », mais on voit bien avec « manger, dévorer, s’empiffrer, se goinfrer, croquer, pignoter, bouffer, croûter, boulotter, grignoter, se nourrir… » que le sens, même proche, introduit pour chaque mot proposé une variation, une finesse, une subtilité, voire un registre de langue qui ne permet pas de dire que ces mots sont exactement équivalents.

On parle donc le plus souvent de parasynonymes quand les mots sont de sens voisin, sans plus.

On pourra s’amuser avec l’enfant à dire une phrase et à chercher quels mots on pourrait remplacer en étudiant l’ajustement du sens qui apparaît. Exemple : « Le navire a coulé : le bateau, la goélette, la barque… le sous-marin ! »

Exercez-vous !

Pensez à tous les mots qu’on peut utiliser pour parler finances. Quelqu’un vous donne ce qu’il vous doit en échange d’un travail. Est-ce votre paye, votre salaire, votre traitement, votre solde, vos émoluments, vos honoraires, le règlement de votre facture ? Et vous, vous le recevez, vous l’encaissez, vous le touchez ? Vous palpez cet argent, ces espèces, ce numéraire, ces sous, ces picaillons, ce fric ? Vous sentez bien que tous ces synonymes ne s’emploient pas de la même façon. Pour trouver « le mot juste », il faut tenir compte des circonstances et de l’interlocuteur.

 

  • L’antonymie

Elle consiste à indiquer des extrêmes qui s’opposent, des mots qui semblent contraire, par exemple « beau/hideux, chaud/froid, grand/petit, venir/partir, monter/descendre… ». Là encore, c’est souvent approximatif sur une échelle de valeurs…

On pourra donc s’amuser à dire le contraire, en proposant une phrase et en demandant l’inverse.
Par exemple : « Je suis venu. » Il faudra que l’enfant trouve « Je suis parti. »
                         « Je suis revenu. » donnera « Je suis reparti. », etc.

 

  • L’hyperonymie

L’hyperonyme est un mot plus générique que celui qu’il englobe. C’est un peu comme la chaîne alimentaire ou les poupées russes. Il y a toujours un mot au-dessus de soi ! Ainsi, il en va de « caniche » et « Teckel » qui ont pour hyperonyme « chien ». « Chien, renard et loup » ont pour hyperonyme « canidés ». « Canidés et félins » ont pour hyperonymes « carnivores » ou « carnassiers », qui ont à leur tour pour hyperonyme « mammifères », qui partage, avec « végétaux », l’hyperonyme « êtres vivants » ! Plus c’est général, plus c’est hyperonymique !

Amusons-nous avec un placard pour ranger des vêtements : comment les classer en trouvant leurs hyperonymes ? On peut faire la même chose avec les aliments…

 

  • La polysémie

On peut réussir à dire tant de choses, autant dire « tout », avec environ 6 000 mots. Comment est-ce possible ? Parce que certains mots, extrêmement usuels, ont la bonne idée de supporter plein de sens possibles, selon les contextes : on les dit polysémiques.

Regardez un peu tout ce que vous pouvez dire avec un simple verbe comme « devoir » : vous pouvez parler d’une dette d’argent et de votre obligation de la rembourser dans un certain avenir, ou d’une obligation quelconque, qui est pour vous un devoir, (les écoliers en font, des devoirs) ou de la dette de reconnaissance que vous devez à un bienfaiteur, ou d’un simple rapport de cause à effet quand une épidémie est due à une mauvaise hygiène, ou de la probabilité d’un événement quelconque.

La polysémie est une merveilleuse machine sémantique multifonctions, un multicuiseur linguistique !

 

  • La métaphore

La métaphore simplifie, elle fait d’un sens l’image de l’autre.

Prenons l’exemple du mot feuilles. Les botanistes expliquent des histoires de chlorophylle, de CO2, de carbone emmagasiné dans leur structure qui les rend utilisables pour l’alimentation humaine. Retenons une seule chose : les feuilles sont minces et plateset, par comparaison, je vais donc me permettre d’appeler « feuilles » des objets minces et plats faits de métal (des feuilles de tôle, de la feuille d’or) ou de papier, ou même de pâte, puisqu’on fait de la pâte feuilletée et des gâteaux mille feuilles.

Ou prenons le mot créneau: en haut d’un château fort, c’est un système composé d’une maçonnerie alternant des pans de murs pleins, avec des vides de même dimension. De là vient monter au créneau, faire un créneau pour garer sa voiture dans un vide entre deux pleins, etc.

  • La métonymie

Comme monsieur Jourdain, on en fait sans cesse sans le savoir : on achète du Cantal (le fromage). À bien y réfléchir, c’est curieux, car on n’achète pas tout le département… C’est une métonymie. Pareil, dans le musée où il y a un Picasso (le tableau qui porte le nom de celui qui a peint, pas un membre de la famille…). Ou encore, un journaliste annonce la réaction du Vatican à un évènement qui a eu lieu en Argentine (ce n’est pas le bâtiment qui a parlé, mais des gens qui vivent dedans, le Pape peut-être) et enfin « J’ai bu une bonne bouteille » (ce n’est évidemment pas la bouteille qui est avalée mais le contenu…).

  • L’étymologie

Faites découvrir à des enfants que hippopotame se découpe en deux parties, l’une hippo signifiant le cheval et potame qui signifie le fleuve. Ils sont passionnés ! surtout si vous leur faites trouver hippo drome puis aéro drome et pourquoi pas aéro phagie ou encore anthropo phagie…..

Quelques pistes qui serviront de tremplin à des enfants curieux…

aér(o)-, l’air

aéroplane (avion)

– aérodynamique (partie de la physique qui étudie les phénomènes accompagnant tout mouvement relatif entre un corps et l’air où il baigne)

– aérophagie (absorption d’une certaine quantité d’air qui pénètre dans l’œsophage et l’estomac)


chron(o)-, le temps

– chronologie (succession des évènements dans le temps)

– chronomètre (instrument servant à mesurer de façon très précise une durée)

– anachronisme (confusion de dates, attribution à une époque de ce qui appartient à une autre)

– synchrone (qui se produit dans le même temps)


orth(o)-, droit, correct

– orthogonal (qui forme un angle droit)

– orthodromie (route d’un navire, d’un avion qui suit la voie la plus directe)

– orthographe (manière d’écrire un mot qui est considérée comme la seule correcte)

– orthoptique (relatif à la vision normale des deux yeux)