Les différentes figures de style

La comparaison

L’une des figures de rhétorique les plus simples, ne manque pas pour autant de saveur. Cocasse, familière, poétique ou banale (il faut alors s’en méfier comme d’un cliché), elle ravive le langage.

La comparaison rapproche deux termes, au moyen d’un mot comparatif, pour insister sur les rapports de ressemblance qui les unissent :
« Il est têtu comme un âne. »
« Il se conduit comme un enfant gâté. »

La comparaison vieillit vite.
Soit le comparant n’a plus cours dans la langue d’aujourd’hui, soit la comparaison connaît un usage si répété dans la langue courante qu’elle en perd toute son originalité première pour être reléguée au rang du lieu commun, du cliché. Mais la comparaison peut être réactivée, par la langue argotique ou encore par les poètes qui se livrent à des rapprochements inattendus :

L’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable. (Verlaine, Sagesse)
Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire. (Apollinaire, Nuit rhénane)

 

La métaphore

Le mot « métaphore » vient du grec meta qui signifie « changement » et pherein « porter », c’est-à-dire « déplacement de sens ». La métaphore assimile deux termes pour insister sur les rapports de ressemblance qui les unissent mais, à la différence de la comparaison, le connecteur comparatif est absent.
Lorsque l’on dit de quelqu’un de rusé : « il a la ruse du renard », on fait une métaphore.
Lorsque l’on dit : « il est rusé comme un renard », on fait une comparaison.

On distingue :
– La métaphore annoncée qui met en présence un comparé et un comparant :
« Elle a une taille (comparé) de guêpe (comparant) ».

La métaphore directe qui se réduit à un comparant, sans faire apparaître le comparé ou le terme comparatif :
« Le fléau de la société, une source de chagrin, un monument de bêtise… »

– On peut parfois filer la métaphore ; cela consiste à développer une succession, un enchaînement de métaphores autour d’un même thème comme dans ces vers :
Un bel arbre
Ses branches sont des ruisseaux
Sous les feuilles
Ils boivent aux sources du soleil
Leurs poissons chantent comme des perles.
                                                         (Paul Éluard)

– Attention au cliché ! La métaphore peut perdre toute fraîcheur pour devenir alors un cliché :
Un teint de lis, un appétit de moineau, une faim de loup…

 

L’allégorie

Le mot « allégorie » vient du grec allos signifiant « autre » et de agoreueîn, « parler », c’est-à-dire « parler autrement ».

L’allégorie consiste à rendre concrète une abstraction, c’est-à-dire à représenter de façon imagée une idée, un sentiment, une qualité morale ou une force de la nature. Représenter la mort sous la forme d’une vieille femme munie d’une faux est une allégorie. Représenter l’amour, sentiment abstrait, sous les traits de l’enfant Éros, est une allégorie.

Ainsi :
Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux, l’Horreur n’est pas le moins charmant,
Et le meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.
                    (Charles Baudelaire, Hymne à la beauté)

 

La métonymie

Le mot « métonymie » vient du grec méta qui signifie « changement » et onoma, « nom », c’est-à-dire « emploi d’un nom pour un autre ». La métonymie consiste à désigner un être ou un objet non par son nom mais par un autre nom qui est lié au premier par un rapport logique.

Ainsi :
Une belle main (pour une belle écriture)
Boire un verre (pour le contenu du verre)
Un premier violon (pour celui qui joue de cet instrument)
Le champagne (pour le produit fabriqué dans cette région) …

On peut désigner :

– le contenu par le contenant
« boire une bouteille, un verre, un bol de lait, une tasse de café… »

– le produit par son lieu d’origine
« du bordeaux, du cognac, du curaçao, un camembert, un cachemire, un jersey, un madras… »

– l’utilisateur par l’objet qu’il utilise
« une grève des trains (ce sont les conducteurs qui sont en grève) »
« une sacrée fourchette, une fine lame, un premier violon… »

– l’œuvre par son auteur
« un Picasso, un Rodin, un Flaubert… »

 

L’oxymore

Le mot « oxymore » vient du grec oxumôron qui signifie « fin-sot », c’est-à-dire « fin sous une apparence de niaiserie ».

L’oxymore (ou alliance de mots) consiste à juxtaposer deux mots de sens contraire, que l’on n’a donc pas l’habitude de trouver accolés. Ainsi :
Un illustre inconnu, un silence éloquent, se hâter lentement, sont des oxymores.
Ou encore :
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles. (Corneille, Le Cid)
Entrez, ne plaignez pas ma riche pauvreté. (Lamartine)

 

L’hyperbole

Le mot « hyperbole » vient du grec huper qui signifie « au-delà » et de ballein, « lancer », c’est-à-dire « dépasser la mesure, exagérer ». L’hyperbole consiste à employer des mots très forts qui vont au-delà de la pensée. C’est l’expression exagérée ou amplifiée d’une idée ou d’un fait.

« Verser un torrent de larmes, le plus grand coureur automobile de tous les temps, un talent fou, je vous l’ai dit cent fois, porter quelqu’un aux nues »,sont des hyperboles employées dans la langue courante.

 

 

La gradation

Une gradation est constituée d’une succession de mots ou d’idées de sens proche, rangés en ordre croissant ou décroissant d’intensité ; Ainsi :
Va, cours, vole, et nous venge ! (Corneille, Le Cid)
Vous voulez qu’un roi meure, et pour son châtiment
Vous ne donnez qu’un jour, qu’une heure, qu’un moment ! (Jean Racine)

Et aussi
Un bloc de marbre était si beau
Qu’un statuaire en fit l’emplette.
Qu’en fera, dit-il, mon ciseau ?
Sera-t-il dieu, table ou cuvette ?
(La Fontaine, Fables)

Il peut être parfois dramatique, parfois comique, comme dans ces propos d’Harpagon qui se lamente sur la disparition de son argent :
Au voleur ! au voleur ! à l’assassin ! au meurtrier ! […] Je suis perdu, je suis assassiné ! On m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent ! […] Hélas ! mon pauvre argent, […] mon cher ami ! […] j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; […] C’en est fait, je n’en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré !
(Molière, L’Avare)

 

La litote

Le mot « litote » vient du grec litotês qui signifie « affaiblissement ». La litote consiste à dire moins pour faire entendre plus.

Ainsi ce célèbre vers de Corneille, dans Le Cid, qui permet à Chimène d’exprimer avec pudeur l’amour intense qu’elle ressent pour Rodrigue :
Va, je ne te hais point.

On emploie fréquemment la litote dans la langue courante :
Il n’est plus tout jeune (= il est vieux) Ce n’est pas mal (= c’est bien)
Il n’est pas très beau (= il est laid) Il n’est pas bête (= il est intelligent)…

 

L’euphémisme

Le mot « euphémisme » vient du grec eu qui signifie « bien » et de phêmê, « parole », c’est-à-dire « emploi d’un mot favorable ».

L’euphémisme est un adoucissement, une atténuation d’une vérité pénible, cruelle ou agressive. C’est un des procédés les plus utilisés par les hommes politiques pour « faire passer une pilule un peu amère…. Ainsi :
« Le troisième âge », « il a cessé de souffrir », « ce n’est pas un Apollon » sont des euphémismes.

Ou encore cette citation de Victor Hugo :
Il est temps que je me repose (= que je meure)

On retrouve l’usage de l’euphémisme dans les domaines suivants sensibles :
la mort :
on préfère dire : « il nous a quittés, il a cessé de souffrir, il n’est plus, il s’en est allé » au lieu de dire « il est mort » ;
la maladie :
Le cancer est souvent désigné par l’expression « longue et cruelle maladie » ;
Les gens frappés de cécité sont dits non-voyants, les sourds deviennent des malentendants ;
la vie sociale et politique ; on préfère parler :
d’opérations de maintien de l’ordre que de répression ;
de révision ou de réaménagement des tarifs que d’augmentation ;
de compression du personnel que de licenciement.

 

L’ellipse

Le mot « ellipse » vient du grec elleipsis qui signifie « manque, défaut de quelque chose ».

L’ellipse consiste à supprimer un ou plusieurs mots dans une phrase sans pour autant en modifier le sens, les mots qui restent permettant de retrouver ceux qui manquent :<
Il n’a pas été blessé, juste choqué.

Ou encore dans ce vers d’Andromaque de Racine :
Je t’aimais inconstant ; qu’aurais-je fait fidèle ?
Il faut sous-entendre ici toute une proposition (si tu avais été fidèle).

Mal utilisée, l’ellipse peut devenir source d’équivoques :
Photographie commence par « ph » et finit par « f ».
Il vaut mieux dans ce cas répéter le verbe (et « finit » commence par « f »).

 

Le zeugma

Le mot « zeugma » vient du grec zeugma qui signifie « joug, lien ».

Le zeugma consiste à lier syntaxiquement deux mots ou groupes de mots dont un seul se rapporte logiquement au verbe. Ainsi :
Vêtu de probité candide et de lin blanc.
(V. Hugo, « Booz endormi », La Légende des siècles)

« Madame, je suis assez bien de ma personne, et membre de plusieurs sociétés savantes ».
(Christophe, L’Idée fixe du savant Cosinus)

Le zeugma utilise différentes formes d’organisation lexicale et grammaticale :

– parce que l’un est abstrait et l’autre concret :
Un livre plein de poésie et de dessins.

– parce qu’ils font appel à deux constructions différentes du verbe dont ils dépendent :
Il parle gentiment et avec tout le monde.

– parce qu’ils font appel à deux sens différents du verbe :
Retenez cette date et une place dans le train du soir.

Le verbe retenir est employé à la fois dans le sens de « se rappeler » et de « réserver ».

 

La périphrase

Le mot périphrase vient du grec peri, « autour » et phrasis « expression », et signifie « parler par circonlocutions ». En bref, la périphrase consiste à dire en plusieurs mots ce qui pourrait être dit en un seul.

L’Empire du Soleil-Levant (= le Japon), le billet vert (= le dollar), le roi des animaux (= le lion) sont des périphrases couramment employées.

La périphrase produit des effets divers.

un effet de mystère, à la manière d’une devinette. Elle fait alors appel à la culture ou à l’imagination de l’interlocuteur :

Le vivant petit clocher de plumes (= le coq)
(Saint-Poloux)

la mise en relief d’un aspect particulier de l’être ou de la chose qu’elle désigne :
L’homme du 18 juin (= Charles de Gaulle)

– un effet d’ampleur (la périphrase est plus puissante qu’un mot simple) :
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.
(= le chêne abattu, dans Le Chêne et le Roseau, de La Fontaine)