Le lexique mental

Ne l’oublions pas, apprendre à lire n’est pas apprendre une langue nouvelle, c’est apprendre à coder différemment une langue que l’on connaît déjà à l’oral. Dans un premier temps, la pénurie de vocabulaire oral ne permet donc pas bien à l’apprenti lecteur d’accéder au sens des mots écrits justement parce qu’ils ne figurent pas dans son stock langagier. Enfermé dans un usage restreint du vocabulaire, l’enfant se trouve d’emblée coupé de la langue écrite. La famille et l’école doivent à tous les enfants une sécurité et une richesse de vocabulaire qui leur permettront une fois élucidés les mécanismes du code écrit, d’interroger leur dictionnaire mental pour accéder au sens de mots qu’ils ont appris à déchiffrer

Les termes lexique et vocabulaire

Conventionnellement, on applique le terme lexique à l’ensemble des mots de la langue française, qui est à proprement parler “indénombrable” si l’on considère tous les mots de toutes les époques de la langue et de toutes les spécialités, sciences et techniques. D’où la création de “banques des mots” informatiques permettant une collection plus grande que les dictionnaires-papier.

Conventionnellement, on applique le terme vocabulaire à des sous-ensembles du lexique dont on peut faire le contour précis, notamment aux mots dont une personne a besoin de disposer pour s’exprimer dans les circonstances où la vie l’a placée. C’est précisément l’objet des “leçons de vocabulaire” : donner aux élèves les mots dont ils ont besoin pour exprimer clairement leur pensée, et comprendre tout interlocuteur francophone, sans faire de contresens sur ce qu’il dit. Ces mots-là ne sont pas indénombrables. Par exemple, il y a le vocabulaire de l’école et le vocabulaire de chaque profession avec ses termes spécifiques.

 

Un petit jeu consiste à donner un texte à un enfant et à lui demander d’en barrer au feutre noir tous les mots qu’il ne connait pas du tout ou dont il ne sait pas trouver le sens. Voyons ce qui reste et demandons-nous comment il est alors possible de comprendre cet écrit autrement que de manière très approximative. Voici un texte qui a subi ce traitement, dans une classe de CM1 d’un niveau correct. Les élèves ont supprimé les mots qu’ils ne comprenaient pas. Lisez-le, que saisissez-vous ?

Depuis les ——  —— entre petits seigneurs jusqu’aux guerres plus longues entre différents royaumes ou —–, les —–  sont très présents au Moyen Âge.

Dans ce —–, le chevalier, ou guerrier à cheval, tient un rôle très important.

 

Des guerriers —–

Les chevaliers sont des soldats de métier liés à un seigneur par les liens —–. Dès le milieu du XIe siècle, grâce à leur équipement, leurs armes et leur monture, leurs —– pendant les batailles sont —–.

L’apprentissage pour devenir chevalier est long et difficile. Placé chez un seigneur en tant que —– vers l’âge de sept ans, le futur chevalier devient ensuite —–. Il aide les chevaliers avant d’en devenir un lui-même, entre 17 et 21 ans. Lorsqu’il ne fait pas la guerre, le chevalier participe à des —–, sorte de —– des champs de bataille pendant lesquelles deux équipes s’affrontent pour obtenir —– et prisonniers en échange de —–.

 

Les règles de la —–

La fonction de chevalier conduit à la —–. Lors de la cérémonie de —–, le chevalier s’engage à respecter des règles de vie précises et à servir son seigneur.

À partir du XIe siècle, l’Église essaie de contenir la violence de la —– en —– à ne plus combattre seulement pour un seigneur mais aussi pour Dieu.

 

Les valeurs du chevalier

La —– atteint son —– au XIIIe siècle. L’image du chevalier modèle est de plus en plus —– par les —–, appelés —— dans le Nord.

Le sens de l’honneur, la générosité, la —– —– et la —– envers son seigneur et l’Église sont les principales valeurs du chevalier.

Le comportement du chevalier, qui réalise des exploits pour l’amour de sa dame, a également donné naissance à l’idéal de « l’amour —– ».

Les petits traits représentent les mots incompris. Parmi toutes les réponses fournies, les élèves ont ainsi barré entre 7 et 15 mots sur les 302 du texte. Or, ce texte servait de support à la leçon d’histoire sur la chevalerie…

Voyons ci-dessous un exemple d’élève. On constate qu’il a un problème tant sur la compréhension en contexte que sur la structure des mots. En effet, cet enfant considère ne pas comprendre « chevalerie » mais il connaît « chevalier »… on imagine sans peine le type d’activité qu’il faut lui proposer pour qu’il maîtrise mieux le vocabulaire et donc le sens du texte… Un autre ne saisit ni « page », ni « écuyer » ni « adoubement » : voilà qui ne va pas aider à la connaissance du cheminement pour devenir chevalier. Ces enfants sont mis en difficulté de lecture à cause du vocabulaire.