Le langage

Après l’adolescence, on assiste à une certaine stabilisation du nombre des synapses par production et sélection équilibrées, qui permet toutefois une modification permanente des réseaux neuronaux.

Un cerveau capable d’imaginer

Le cerveau humain a la capacité extraordinaire d’utiliser le langage pour décrire et inventer le monde. À noter qu’il a aussi celle de se créer, en quelque sorte, des bulles imaginatives à lui, à partir de ce qu’il lit, et de vivre de façon parfois très forte des émotions, grâce à ce voyage unique.

Cette capacité innée, mais influencée par la culture et l’environnement (stimulation précoce), s’appuie sur le développement d’aires cérébrales spécifiques, particulièrement dans l’hémisphère gauche, liées entre elles par de longs axones (les « queues » des neurones) appelés « faisceaux arqués » :

  • l’aire de Broca (partie inférieure frontale) : elle gère le traitement de la syntaxe et de la grammaire ;
  • l’aire de Wernicke (partie temporale) : elle permet la compréhension du sens du langage.

Ainsi, les différentes capacités psychiques de l’enfant, en lien avec la multiplicité et la souplesse de ses circuits neuronaux, sont largement influencées par les stimulations qu’il enregistre dès la grossesse, à travers de multiples canaux sensoriels, moteurs, somesthésiques (en lien avec la sensibilité du corps), langagiers, cognitifs.

La fondamentale plasticité cérébrale (Vidal, 2009) doit nous pousser à rester résolument optimistes quant aux possibles, réaménageables à tout moment, particulièrement dans les premières années de vie, pour peu que l’entourage prenne conscience de ses manques.

Cependant, il faut aussi avoir à l’esprit qu’il existe des périodes « critiques » (Hensch, 2005) pour le développement de la sensorialité et de la motricité, puis du langage et de la coordination, et enfin des fonctions supérieures et psychoaffectives. Les évènements éventuellement pathologiques sont d’autant plus délétères sur la construction des fonctions qu’ils interviennent en amont ou durant la période critique de leur construction (traumatismes psychiques, physiques, maladies, etc.).

Attention à la surconsommation d’images et d’Internet

Rappelons que seules 10 % des connections du cerveau sont établies à la naissance et que les 90 % restantes se construisent ensuite (Gueguen, 2014).

Pour que le cerveau de l’enfant développe une architecture riche et souple dans ses fonctionnements, il a besoin de stimulations diversifiées (Vidal, 2009). Cependant, ces stimulations ne doivent pas être trop nombreuses, et surtout pas en multitâches régulières, ce qui l’épuise (Charron, Koechlin, 2010).

En effet, il reste essentiel que l’enfant puisse apprendre à sélectionner ses pensées, à les hiérarchiser, à les enchaîner, en inhibant certaines informations pour garder les plus pertinentes (Houdé, 2010). Un cerveau surchargé, par exemple par trop d’images consommées par écrans interposés, ne parvient plus à sélectionner l’accessoire et l’essentiel, ce qui peut influencer la construction des réseaux neuronaux (Just et al., 2001 ; Charron et Kœchlin, 2010 ; Desmurget, 2012 ; Houdé, 2013).

La consommation régulière d’écrans de façon trop prolongée développe une pensée rapide, fragmentée, automatique, qui utilise surtout les parties sensorielles postérieures du cerveau qui renferment une intelligence dite « élémentaire » (Bach et al., 2013). Dans ce cas, le cortex frontal est sollicité trop rapidement et globalement, et ne peut pas permettre au cortex préfrontal qui organise les capacités personnelles de synthèse, les capacités de jugement et l’abstraction, de fonctionner au mieux.

Il en est de même de l’utilisation précoce et régulière d’Internet : elle provoque un surcroît d’informations qui ne peuvent être correctement classées et stratifiées. Du coup, la mémoire de travail est rapidement saturée, ne peut transmettre des informations à la mémoire à long terme, celle qui permet de construire, par la hiérarchisation et la prise de recul, ses valeurs propres. Ce fonctionnement en multitâche trop répété entraîne la mise en place d’une pensée certes rapide et fluide, mais très superficielle, et qui perd en capacité d’établir des liens (Dreher et al., 2002), ce qui complique les apprentissages scolaires, notamment ceux liés à l’écrit.

Cet effet est d’autant plus délétère que les enfants ne sont pas accompagnés par des adultes vers d’autres types de pensées.