Le développement affectif de l’enfant

À six ans, grâce à un cerveau plus organisé et fonctionnel sur le plan neurobiologique, l’enfant entre en phase de latence (Freud, 1905).

Il sort du conflit œdipien et devient plus disponible pour intégrer des apprentissages, puisqu’il est moins absorbé par des questions touchant à son identité et à sa place dans la famille.

Les acquis du stade œdipien

Le tabou de l’inceste est intégré : chacun doit aller chercher à l’extérieur de la famille la personne de qui il sera amoureux, et pour cela, chacun doit attendre encore de grandir pour vivre une sexualité aboutissant à « faire des bébés ». L’enfant traverse une phase de déception, car sa toute-puissance infantile n’est plus possible ; il doit accepter qu’il n’est pas tout pour ses parents, qui partagent, entre eux, dans l’intimité, une relation sexuelle dont il sera toujours exclu.

La différence des générations est bien posée.

Un surmoi existe à l’intérieur de soi qui intériorise les interdits parentaux, puis ceux de la société. Nous n’avons pas besoin d’un gendarme qui nous tienne en permanence par la main pour savoir que nous ne devons pas voler, mentir, etc.

L’identité sexuée est stable (être un garçon ou une fille) avec ce qui en découle des rôles dans la reproduction (« comment on fait les bébés »).

À cette période, une sorte d’amnésie infantile s’installe, en lien avec le développement cérébral et les réaménagements affectifs découlant de la prise de conscience œdipienne. Ce changement de la mémoire entraîne l’enfant à reposer des questions auxquelles on avait déjà répondu auparavant, mais dont il a besoin de se réapproprier les réponses, avec ses nouveaux outils cognitifs et affectifs. Il développe avec plaisir et enthousiasme ses nouveaux « pourquoi », en faisant appel à d’autres personnes que ses parents pour y répondre, ce que ces derniers acceptent et valorisent. Il gagne ainsi en liberté et en autonomie : le fait de mettre ses parents à une autre place (ils ont une intimité qu’il ne peut pas partager ; il doit grandir pour, plus tard, sortir de sa famille et construire, en dehors d’elle, sa vie amoureuse à lui) lui permet de s’identifier à d’autres qu’eux (son enseignant est alors très important, comme ses moniteurs de sport ou ses animateurs de loisirs, etc.).

Fort de tous ces possibles qui s’ouvrent à lui, l’enfant développe de nouveaux mécanismes pour réguler son énergie psychique. Par exemple, guidé par la pression sociale de l’entrée à « la grande école », il prend plaisir à sublimer certains de ses désirs ou de ses questions, c’est-à-dire qu’il déplace en quelque sorte les questions liées à la sexualité, sur d’autres domaines, comme ceux des apprentissages qu’on lui propose à l’école, et que ses parents valorisent.

La lecture fait partie de ces apprentissages-là. Ce dernier mécanisme peut avoir plusieurs sources qui s’entremêlent souvent sans que nous n’ayons bien conscience, nous les adultes, de ce que nous ne parvenons pas à dépasser dans la nature du lien à notre enfant.

Quand un divorce intervient à cette période, nous pouvons, si nous vivons seuls avec notre enfant, rester trop proche de lui, car nous avons peur qu’il soit en quelque sorte la victime de notre décision. Par conséquent, nous pouvons, sans le vouloir, lui compliquer la tâche d’intégration des limites propres à l’œdipe.

Prenons l’exemple d’un petit garçon de cinq ans qui vit en monoparentalité avec sa maman après une séparation difficile du papa qui vient de refaire sa vie, et qu’il voit un week-end sur deux et la moitié des vacances. Quand il vient vers sa maman en lui disant qu’elle est « la maman la plus jolie du monde » et qu’il a besoin de dormir auprès d’elle pour se rassurer, cette maman peut avoir du mal à le renvoyer dans sa chambre en lui reposant la différence des générations. De ce fait, ce petit garçon pourra s’installer dans une certaine toute-puissance qui, en même temps, le mettra en difficulté dans son lien à son père. Une angoisse pourra l’envahir régulièrement, liée au conflit entre ses désirs (avoir sa maman à lui) et les interdits implicites incarnés par son papa (une maman est faite pour vivre une vie de femme, dans un lien amoureux avec un adulte de sa génération, et une relation de lien d’amour de nature différente avec son enfant).

Cette angoisse pourra le freiner dans son envie de grandir et l’empêcher de se concentrer correctement. Elle pourra même se concentrer sur l’apprentissage de la lecture, qui donne à penser du sens caché derrière les mots.