La nature des mots

Les mots du français se classent dans des ensembles en fonction de leur comportement grammatical mais aussi de la réalité qu’ils évoquent. Ainsi, si nous considérons la classe des noms, on peut les reconnaître grâce aux mots  auxquels ils s’associent dans la phrase, c’est-à-dire  leurs compatibilités grammaticales : on remarque ainsi que les noms sont le plus souvent accompagné de déterminants (articles…) et qu’ils prennent la marque de pluriel. Mais on s’aperçoit aussi (et les élèves les premiers) qu’ils représentent des objets inanimés,  des êtres animés et des notions abstraites ; et ce sont là des repères que l’on ne doit pas négliger. De même, un adjectif qualificatif qualifie un nom et s’accorde à lui en genre et nombre mais comment ignorer aussi qu’il renvoie à une qualité(ou… un défaut) ou à une propriété. La nature d’un mot est donc toujours doublement définie : par ses compatibilités grammaticales et par un rapport particulier au monde. Même si ce rapport à la réalité peut parfois être approximatif et sans doute moins constant que les relations formelles, il n’en constitue pas moins un repère utile et naturelle pour un élève.

C’est donc à partir des critères formels et des appartenances sémantiques que l’on reconnaît les catégories de mots (leur nature) ; cela constitue un préalable indispensable à la maîtrise des accords au sein de la phrase et à l’organisation précise d’un texte. Les mots du français se distribuent en « mots lexicaux », comme nuage, courir, jaune…qui sont en très grand nombre et en constante augmentation et en « mots grammaticaux », comme de, sur, il…qui sont en inventaire restreint et qui évolue peu en nombre.

 

  • Les mots lexicaux

   Les mots lexicaux  sont variables, en genre, nombre, personne ou temps et  constituent une liste ouverte. Au fil des années, les dictionnaires s’enrichissent de mots nouveaux, appartenant le plus souvent aux catégories nominales et verbales. Les mots lexicaux changent de sens et de forme contrairement aux mots grammaticaux. Les mécanismes qui régissent l’évolution de la forme et du sens des mots lexicaux  sont assez simples à décrire. Il s’agit tout simplement de ce que l’on appelle le phénomène « d’économie des moyens linguistiques ». Le terme « économie » ne signifiant pas ici « faire des économies » mais « ajuster ses dépenses linguistiques aux exigences d’une situation spécifique de communication ».Trois facteurs sont en interdépendance : l’information que l’on peut quantifier en fonction du nombre des sens possibles qu’élimine l’apparition d’un mot ; La fréquence c’est-à-dire le nombre de contexte différents dans lequel un mot peut être utilisé ; Le coût  que l’on peut rapprocher du nombre des syllabes que comporte un mot . Les relations entre ces trois facteurs définissent l’évolution d’un mot . Ainsi , plus la fréquence est élevée plus l’information du mot est faible puisque ce mot , ayant traîné dans un nombre élevé de contextes , a amassé un nombre important de significations et donc d’ambiguïtés possibles .

Lorsque quelqu’un utilise ce mot à votre intention, vous avez donc à poser la question suivante : parmi toutes les significations possibles de ce mot, laquelle dois-je choisir ?

Mais dés l’instant où ce mot perd de sa force informative pourquoi diable consentirions nous un effort de production devenu disproportionné avec ce que l’on peut en attendre en terme d’information ? On va donc restreindre les « coûts de production ». En bref, le coût est proportionnel à l’information qui , elle, est inversement proportionnelle à la fréquence  

Prenons un exemple simple. Le mot « CINEMATOGRAPHE » fut créé lorsque l’on inventa un appareil particulier avec une fonction particulière. La production de ce mot /sinematograf / était relativement coûteuse mais le jeu en valait la chandelle puisque l’effet en terme d’information était maximum : 1 signifiant /1 signifié et un seul. Le temps passant, ce mot en vint à désigner bien autre chose que l’appareil original : un lieu, un art, un milieu, un comportement…  Dés  lors, on restreignit sagement les dépenses et cela donna : CINEMA et CINE.

  • Les mots grammaticaux

Ces mots constituent, eux,  une liste fermée, c’est-à-dire qu’ils sont en plus petit nombre et ne seront pas augmentés en fonction des besoins de la communication. Il faut soigneusement distinguer les articles, adjectifs possessifs, démonstratifs… qui accompagnent les noms et les déterminent et les prépositions comme « à », « de », «  pour », « dans »… qui servent a relier deux mots entre eux et à indiquer le contenu de la relation qu’ils entretiennent. Nos appellerons les premiers « les déterminants »et les seconds les « connecteurs ». Examinons leurs fonctionnements respectifs :

Un déterminant comme « cette » dans la phrase « Tu prends cette route » n’a d’autre rôle que de déterminer « route » en lui apportant une information particulière : soit les deux interlocuteurs sont à une intersection et l’un montre à l’autre la route à suivre (celle-là et pas l’autre) ; soit ils ont déjà mentionné la route en question dans leur conversation et l’un d’eux rappelle de quelle route il s’agit. En tout état de cause le déterminant « cette » est directement tourné vers le nom « route » ; il ne le relie à rien. Il a une fonction centripète.

Au contraire, un connecteur comme « à » dans la phrase « il a offert un bouquet à la maîtresse » sert à rattacher le nom « maîtresse » au verbe « offrir » en indiquant que « maîtresse » est la destinatrice de l’action. Le connecteur rattache un nom ou un groupe à la phrase ; il a une fonction centrifuge. Une conjonction comme « afin que » qui relie une proposition à une autre en établissant une relation de but, est un connecteur ; il a lui aussi une fonction centrifuge.