La connaissance du code écrit

Tout irait sans doute pour le mieux, comme il se trouve dans certaines langues alphabétiques très régulières, si le français ne manifestait pas un nombre significatif de variations et de particularismes. Le système alphabétique du français reste néanmoins d’une relative régularité. 85 % des relations entre lettres et sons sont prévisibles alors qu’en anglais, par exemple, moins de 60 % le sont. L’espagnol franchit quant à lui la barre des 97 % de relations directes.

Les choses se gâtent sérieusement lorsque, pour écrire les mots du français, on essaie de trouver les lettres qui correspondent aux sons. Ainsi, trente-cinq sons correspondent à plus de cent trente graphies réalisées avec 26 lettres (certains sons en effet, pourtant faciles à prononcer, s’écrivent de diverses manières, souvent en fonction de leur position ou de leur origine linguistique !). Et cela sans compter les consonnes muettes qui fleurissent à la fin des mots et les curiosités de prononciation comme « femme » et « flemme », ou un « fils » et des « fils » à coudre…

Il est donc plus difficile d’apprendre à écrire que d’apprendre à lire : on dit que la langue française est asymétrique.

Le système du français : de l’oral à l’écrit, de l’écrit à l’oral

Toutes les langues alphabétiques ne sont pas logées à la même enseigne. Certaines comme l’espagnol, l’italien ou plus encore l’esperanto, ont établi entre lettres et sons des relations d’une remarquable régularité. Elles possèdent des systèmes grapho-phonologiques transparents : à une lettre correspond pratiquement un son et un seul, et inversement. À l’opposé, la langue anglaise est remarquablement opaque, car il est souvent difficile de trouver la lettre ou le groupe de lettres à laquelle correspond un son : ainsi « poor » se prononce /pur/, alors que son quasi jumeau « door » se prononce /dor/.

Le français, en matière de lecture, se situe dans une juste moyenne : il est raisonnablement transparent. Dans 85 % des cas, nous l’avons dit, il est possible de trouver (si on nous l’a appris, bien sûr) le son qui correspond à une lettre ou à un groupe de lettres, c’est-à-dire que, dans 85 % des cas, un enfant à qui on a appris les relations grapho-phonologiques est capable de déchiffrer les mots qu’il découvre.

En revanche, lorsqu’il s’agit d’écrire, les choses deviennent autrement plus complexes. Pour passer des sons aux lettres, on possède à peine 50 % de chances de ne pas se tromper.

Ainsi, pour lire le mot « enfant », un lecteur n’aura aucun problème pour peu qu’on ait pris soin de lui apprendre que « an » comme « en » correspondent tous les deux au son /an/. Par contre, s’il veut écrire le mot « enfant » en distribuant correctement chacun des deux groupes de lettres « an » et « en » dans le mot, la connaissance des relations grapho-phonologiques ne lui sera que d’un piètre secours. Il devra mémoriser l’orthographe du mot.

En français, apprendre à écrire est donc plus hasardeux que d’apprendre à lire. Il ne suffit pas de connaître les relations entre lettres et sons pour éviter les fautes d’orthographe.

Dans le sens de la lecture

Ainsi, dans le sens de la lecture, si l’on examine à quels sons peut correspondre la lettre « c », on va obtenir les cinq possibilités suivantes :

  • valeur phonétique de base [k], comme dans « car » ;
  • valeur phonétique de position [s] : « cire » (ou « ça » avec la cédille) ;
  • valeur phonétique idiosyncrasique [g] : « second » ;
  • valeur phonétique nulle : « tabac » ;
  •  valeur phonétique du [∫] en tant que membre du digraphe « ch » : « chat ».
Dans le sens de l’écriture

Mais, dans le sens de l’écriture, allant des sons aux lettres, il existe dix façons de représenter le son [k] en fonction des conventions orthographiques du français. Le son [k] peut être symbolisé :

  • par la lettre « c », comme dans « car » ;
  • par la lettre « k », comme dans « képi, kilo, klaxon, okapi, mark » ;
  • par la lettre « q », comme dans « équilatéral, quadrupler, cinq, coq ».
  • par le groupe de lettres « cc » (digramme), après une voyelle et devant les lettres « a, o, u, l ou r », comme dans « occasion, s’accouder, occuper, occlusion, accrocher » ;
  • par le digramme « ch », comme dans « chiromancie, chlore, varech » ;
  • par le digramme « ck », qui se trouve dans des emprunts comme « bifteck, blockhaus, cockpit, dock, jockey, stock, teck » ;
  • par le digramme « qu », qui s’emploie devant une lettre voyelle, comme dans « équilibre, loqueteux, quand, quotidien » ;
  • plus rarement, par le digramme « kh » comme dans « khi, kolkhoze » ;
  • plus rarement encore, par le trigramme « cch » (exemples : « ecchymose, saccharine ») ;
  • par le trigramme « cqu » (exemples : « acquérir, grecque, socquette »).

Il n’y a aucun mystère : il faut apprendre le code.

Le code alphabétique

C’est l’ensemble des règles de transcription qui régissent les correspondances entre les unités de l’oral, les phonèmes, et les unités de l’écrit, les graphèmes. Ces règles varient d’une langue alphabétique à l’autre. Il y a donc un code alphabétique du français, même s’il comporte des irrégularités, ce qui le distingue manifestement du code de la route.