La compréhension du principe alphabétique

Paradoxalement, parler du principe alphabétique, ce n’est pas évoquer la seule connaissance de l’alphabet. C’est une notion plus subtile parce qu’elle repose sur la perception d’un principe très abstrait :

  • saisir d’abord que modifier un son peut modifier le sens d’un mot, par exemple vue/vie ;
  • comprendre ensuite le principe de correspondance qui met en relation les unités de l’oral avec les unités de l’écrit, car le français est une langue alphabétique ;
  • être capable, enfin, d’effectuer les associations possibles par soi-même, dès lors que de nouvelles graphies ou de nouveaux sons sont proposés.

En somme, il faut comprendre « le truc », avoir le déclic ! Ce qui se traduit par la capacité de générer les mises en correspondance entre l’oral et l’écrit, en s’appuyant sur les codifications régulières déjà apprises.

La correspondance lettres-sons

On voit que la compréhension du principe alphabétique est un préalable à l’entrée dans le code alphabétique, et va très au-delà de la simple connaissance des lettres de l’alphabet. On dit qu’il faut le comprendre car il y a dans cet aspect de l’apprentissage de la lecture toute la base de la mécanique. Comprendre la mécanique, c’est pouvoir l’appliquer en toute circonstance.

Les enfants ne sont pas au courant qu’il y a une relation étroite entre les unités sonores de la langue qu’il parle et les signes écrits qui la représentent. Ils vont devoir apprendre cette réalité et s’entraîner à la manipuler. Il faut donc un apprentissage spécifique et explicite qui permet de comprendre ce système arbitraire et artificiel.

Le principe alphabétique

C’est tout simple, c’est le moteur de correspondance entre les unités de l’oral et les unités de l’écrit. L’enfant doit saisir que tout ce qui se dit doit pouvoir s’écrire avec des signes et que tous les signes écrits ont de bonnes raisons de pouvoir être prononcés (à quelques règles exceptionnelles près, en général morphologiques et orthographiques qu’ils verront plus tard).

On dira qu’un enfant à compris le principe alphabétique quand :

  • il a appris que « l+a » se prononce /la/. Il sait également prononcer chaque phonème séparément et peu donc admettre que « a + l » = /al/. Il apprend à faire de même avec « i » à la place de « a », et peut donc prononcer et écrire « il » et « li » ;
  • il est capable de proposer seul /lu / et /ul/ mis en présence de « u » à la place de « a » et « i ». De même, si on lui présente « t » à la place de « l », il dira /tu/ et /ut/, etc.
  • il a saisi la mécanique générale d’assemblage qui veut que chaque son puisse théoriquement être codé par une graphie, simple ou compliquée, et que chaque graphie doit avoir une sonorisation, sans contre-indication morphologique, qu’il devra apprendre également, mais plus tard (exemple du « e » muet, etc.). L’enfant peut alors organiser les combinaisons en syllabes qui associent des consonnes et des voyelles.

L’enfant devient transcodeur : il code les sons en proposant les graphies associées et il déchiffre (ou décode) les graphies en les sonorisant, toujours en mettant en œuvre les correspondances régulières.