La chaîne des accords dans la phrase

Pourquoi accorde-t-on les mots dans la phrase ?

Nous avons vu que la mission essentielle de la grammaire était de mettre ensemble des mots soumis par la nature même du langage à une succession inéluctable. Les opérations de détermination et de prédication permettent de dépasser l’égrainement des mots pour construire la globalité de l’expérience. Mais pour que cette construction soit réussie, il faut encore que l’on sache associer justement le nom sujet au verbe auquel il se rapporte  et l’adjectif au nom qu’il détermine. En bref si l’on veut que le sens construit corresponde à l’intention du locuteur, il faut que son auditeur sache quel mot « va » avec quel mot.

A titre d’illustration, reprenons l’exemple précédent :

Je découvris une maison de pierres blanches qui scintillaient au soleil

Je découvris une maison de pierres blanches qui scintillait au soleil

La question est : « qu’est ce qui scintillait ? ». Dans la première phrase l’accord pluriel du verbe marque immédiatement la relation avec le sujet de la phrase « pierres blanches ». Dans la seconde, la marque de singulier désigne sans ambigüité la relation avec « maison ».

Considérons à présent  les trois  phrases suivantes :

« L’homme portait un pantalon et une chemise blanche » / « L’homme portait un pantalon  et une chemise blancs »/ « L’homme portait une chemise et un pantalon blanc ».

Si, pour chacune des trois phrases, nous tentons de répondre à la question : « Qu’est ce qui est blanc ? » nous voyons que la reconnaissance de relations dépend largement des accords de genre et de nombre qui relient l’adjectif à l’un des deux noms ou aux deux à la fois. La chaîne des accords sert donc à relier l’adjectif au nom qu’il qualifie de même qu’il permet de souligner la relation entre sujet et verbe dans « les hommes prévoient, dieu sourit »

Cette chaîne des accords permet souvent de lever l’ambigüité lorsque l’on doit identifier  le nom qu’un pronom représente. Ainsi :

« Regarde ce type et cette fille ! C’est celle qui m’a volé mon portefeuille/ C’est celui qui m’a agressé/ c’est ceux qui m’ont suivi. ».

Genre et nombre

Un nom peut être   masculin ou féminin (genre) ; on peut  choisir de le mettre au singulier ou au pluriel (nombre).  Le genre et le nombre du nom déterminent les marques des accords qu’il impose au verbe, à l’attribut, à l’épithète ou a son déterminant. Genre et nombre sont deux mécanismes grammaticaux de natures très différentes.

Le français possède deux genres, l’un est dit masculin, l’autre est dit féminin. Il s’agit bien de genre grammatical et non pas de référence au sexe de l’être ou… de l’objet représenté. En effet, pourquoi une girafe, un crocodile, une maison ou un immeuble… ? La distinction de genre signifie tout simplement que les noms sont en français distribués en deux ensembles, l’un qui exige par exemple l’article « la » ou « une » ; l’autre qui impose « le » ou « un ». Le sens des noms ne permet pas, dans la plupart des cas, de prédire à quel ensemble ils appartiennent. Ainsi qui pourrait dire pourquoi « clé », « serrure » et « porte » sont de genre féminin alors que « porche », « verrou » et « arbre » sont de genre masculin : il est clair que leur distribution est totalement arbitraire, même s’il est vrai que les noms qui réfèrent à des êtres de sexe femelle appartiennent au genre féminin (une vache), tandis qu’inversement ceux qui renvoient à un être de sexe mâle sont de genre masculin (un cheval). Lorsque l’on parle on ne choisit pas le genre d’un nom ; on choisit un nom et ce choix impose automatiquement un type d’accord masculin ou féminin.

Le nombre, lui, contrairement au genre est un choix libre qui ne dépend pas (dans l’immense majorité des cas sauf « ténèbres » et quelques autres) du nom sélectionné. En bref, un nom quelque soient son sens peut être utilisé au singulier ou au pluriel et référer ainsi à une unicité ou à une pluralité. Ainsi « un lapin »( pas plus d’1) s’oppose à « des lapins » (1, 2, 3….). Notez que certaines langues ont une marque pour 1 ; une autre pour 2 et une autre encore pour plus de deux. On appelle cela le régime duel.

Les marques d’accords parfois s’entendent (Les autres enfants) (les petites ombrelles), (ils arrivèrent). Parfois elles ne s’entendent pas, mais se voient (les jolies filles), (ils chantent).