Grammaire et ponctuation

Lorsque l’on parle, notre voix monte, descend ; parfois elle fait une pause plus ou moins longue, plus ou moins marquée. Ces variations que l’on nomme « prosodiques » peuvent être liées à un état psychologique particulier, colère, joie, exaspération ou  peur qui peut effectivement altérer parfois le cours tranquille de notre parole. Cependant, ce qui est important en matière d’étude de la langue, ce qui doit toujours retenir prioritairement votre attention ce sont les faits grammaticaux porteurs de sens : ceux qui ont une forme suffisamment constante et information suffisamment établie pour  que leur identification par votre auditeur oriente  la construction de sa représentation. En matière de ponctuation-comme pour les autres questions de grammaire- nous nous attacherons donc d’abord aux cas où elle a un effet pertinent sur le sens de la phrase.

Par exemple, une phrase dont l’intonation est montante traduira, en l’absence de toute autre marque, une interrogation ou pour le moins un doute sérieux. Ainsi « Tu viendras à mon anniversaire » peut être un ordre ou un souhait si la courbe est descendante sur la fin de la phrase ; cette même phrase devient une interrogation si les deux dernières syllabes  restent « perchées ». L’écrit dans ce cas là avertit le lecteur par un point d’interrogation.

Dans un tout autre contexte, la ponctuation peut être décisive pour l’interprétation grammaticale et donc pour la compréhension. Comparons :

  • « Je voyais les églises de Fiesole » signifie que j’étais sur ma terrasse et que je distinguais au loin les églises du village de Fiesole. « Fiesole est le complément du nom « églises ».
  • « Je voyais les églises, de Fiesole ». La rupture introduite ici par la virgule (une pause à l’oral) indique que je me trouvais à Fiesole et que depuis ce village, je distinguais des églises de Florence. « Fiesole » est un complément circonstanciel de lieu. Dans cet exemple, on pourrait d’ailleurs déplacer le groupe « de Fiesole » en tête de phrase pour empêcher tout risque d’ambiguïté.

Enfin, la distinction importante entre les fonctions d’attribut et d’épithète d’un adjectif ou celle tout aussi essentielle entre une relative déterminative et une relative explicative repose entièrement sur la présence ou l’absence de la virgule. Que l’on en juge :

  • « Les enfants qui avaient bu furent malades ». Ceux qui n’avaient pas bu ne le furent pas.
  • « Les enfants, qui avaient bu, furent malades. Tous le furent parce que tous avaient bu.
  • « Les hommes convaincus de trahison furent fusillés ». Seuls ceux dont on avait prouvé la trahison furent fusillés.
  • «  Les hommes, convaincus de trahison, furent fusillés ». Tous le furent, tous étaient des traitres.

Dans tous ces exemples, on voit bien le caractère pertinent de la virgule : à elle seule, toutes choses égales par ailleurs, elle change le sens de la phrase.