Faut-il lui dire qu’on ne l’a pas compris ?

Il vous est certainement arrivé de vous poser la question suivante : « Si un élève me raconte quelque chose que je ne comprends pas ou que je comprends mal, faut-il que je le lui fasse remarquer ? » Et vous ajoutez sans doute : « Est-ce que je ne risque pas de le bloquer, de lui faire perdre confiance ? »

À cette question, vous devez répondre : « Rien n’est pire que de faire croire à un enfant qu’on l’a compris lorsque cela n’est pas vrai. » C’est en effet le tromper et l’empêcher d’avancer. C’est lui dire qu’en fait, sa parole ne compte pour rien, que comprendre ce qu’il dit vous est indifférent. En matière d’apprentissage, l’échec révélé et analysé est un formidable moteur, à condition bien sûr d’accueillir ses tentatives maladroites avec autant de douceur que de fermeté.

Je vais prendre l’exemple de la petite Tiphaine (4 ans) à qui sa maîtresse demande de raconter une histoire.

La petite raconte son histoire :

« Voilà, ils l’ont prise, ils l’ont emmenée et ils l’ont enfermée là-bas. Heureusement, les autres l’ont vue et sont venus la délivrer, et enfin, il l’a épousée ».

La maîtresse, prend la décision de lui dire : « Ma petite Tiphaine, nous n’avons pas compris grand chose à ton histoire » ; et la petite en conçoit de l’irritation. Les enfants n’aiment pas qu’on leur dise qu’on ne les comprend pas. Ils ont toujours l’impression que vous savez ce qu’ils savent, et que si on ne les comprend pas c’est parce qu’on y met de la mauvaise volonté. Passée cette irritation, la maîtresse lui explique : « Je ne t’ai pas comprise parce que je n’étais pas là quand l’histoire t’a été racontée. Alors je ne sais pas qui sont ceux qui l’ont enlevée, ou ils l’ont emmenée, et qui l’a épousée ». Tiphaine, petit à petit, lui explique que c’étaient les méchants lutins et le dragon qui avaient enlevé la princesse, qu’ils l’avaient enfermée dans une caverne, que le roi et le prince l’avaient délivrée, et qu’enfin, le prince l’avait épousée.

Dans l’après-midi, on fait venir des élèves d’une autre classe et Tiphaine est invitée à leur raconter son histoire. Elle a l’immense satisfaction de constater que personne ne lui dit : « On ne t’a pas comprise ». Elle se rend ainsi compte que les efforts qu’elle avait produits pour utiliser les formes anaphoriques judicieuses, des déictiques pertinents n’avaient pas seulement pour but de faire plaisir à sa maîtresse; cela lui permettait de laisser sur l’autre une trace qu’elle n’aurait pas laissée autrement. L’élève a appris comment l’on négocie avec la part d’inconnu que comporte tout acte de communication : que sait-il de ce que je sais ? Quelles informations dois-je lui fournir pour qu’il puisse me comprendre ? Comment en dire assez sans le noyer dans un flot d’informations inutiles ? Telles sont quelques-unes des questions qu’il faut lui apprendre à se poser et auxquelles il doit apporter des réponses adaptées.