De la chronologie à la logique

Les ponts entre les propositions

Nous avons vu que la première mission de la grammaire consistait à rassembler des mots, et à leur attribuer des fonctions spécifiques afin de construire une réalité cohérente : Prédication et détermination sont les deux opérations qui permettent de constituer autour d’un verbe des ensembles grammaticalement homogènes et sémantiquement compréhensibles. Ainsi, dans la phrase  « Les méchants lutins ont enfermé la princesse  dans une caverne profonde, le roi et le prince sont venus la délivrer», deux ensemble syntaxiques, chacun regroupé autour d’un verbe (enfermer et venir), se succèdent dans la même phrase.

 Mais la grammaire ne se contente pas de construire des ensembles qui se succèderaient les uns aux autres.  Elle permet aux utilisateurs du langage d’établir des relations logiques ou chronologiques entre ce que l’on appelle des « propositions », c’est-à-dire un ensemble de mots grammaticalement liés à un verbe. Raconter une histoire suppose qu’entre des évènements on puisse établir des liens de temps, que l’on puisse indiquer le but de certaines actions ou la cause de certains états. Expliquer, argumenter exige que l’on puisse avancer  des hypothèses à propos des effets et des conséquences, que l’on maîtrise linguistiquement les outils de la déduction ou de l’induction. En bref, afin d’articuler notre pensée, la grammaire non seulement rassemble les mots pour constituer des propositions mais construit entre ces propositions des ponts qui en souligne les relations logiques. Ces relations peuvent être induites par la seule juxtaposition des propositions, soit formellement marquées par un connecteur.

 

La logique par simple juxtaposition

« Les chiens aboient, la caravane passe »

Nous avons là deux propositions ; « les chiens aboient » et « la caravane passe ». Aucun connecteur ne relie ces deux ensembles; et cependant, on perçoit parfaitement qu’une relation particulière les met en relation. En l’occurrence, la phrase signifie que « bien que les chiens aboient, la caravane passe tout de même » ou que « les chiens peuvent toujours aboyer, cela n’empêche pas la caravane de passer ». Mais on pourrait aussi comprendre que « c’est parce que la caravane passe que les chiens aboient ». On voit bien que l’absence de connecteur (« bien que », « parce que »…) n’empêche pas la relation logique, mais elle la rend moins précise.

Ainsi dans la phrase « il est arrivé et il est reparti tout de suite », la relation entre les deux propositions est délicate à définir. Si les deux pronoms « il » réfère au même personnage, on en déduira que la relation est simplement chronologique (il arrive puis il s’en va). Si par contre, chaque pronom renvie à un personnage particulier, alors la relation est de l’ordre de la causalité ou de la conséquence (Il est reparti tout de suite parce que l’autre est arrivé).

Les modes de subordination

On distingue les propositions qui sont rattachées à un verbe de la proposition principale que l’on appelle les propositions  « conjonctives» et les propositions qui sont rattachées à un nom de la proposition principale que l’on appelle « relatives ».

  • Les propositions subordonnées conjonctives:

Les conjonctives peuvent être de deux types selon la fonction qu’elles occupent par rapport au verbe de la principale :

– Les « complétives », qui sont COD du verbe de la principale. Ainsi « Elle m’a annoncé qu’elle allait se marier ». La subordonnée complétive peut être remplacée par un groupe nominal : « elle m’a annoncé une grande nouvelle »

– Les  « circonstancielles » qui sont les compléments circonstanciels du verbe de la principale.  Ainsi, « Dés qu’il le vit, il s’enfuit ». La proposition subordonnée conjonctive «  dés qu’il le vit » indique la circonstance de temps dans laquelle s’effectue la fuite. Les subordonnées circonstancielles marquent des relations très variées qui permettent d’évoquer une vaste palette de relations logiques entre des évènements : le but (« La providence a mis du poil au menton des hommes pour qu’on puisse les distinguer des femmes ») ; la conséquence (« Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ») ; la cause(«  Une chose n’est pas juste parce qu’elle est la loi. Mais elle doit être la loi parce qu’elle est juste ») ; la comparaison(« Comme on fait son lit on se couche ») ; a concession (« L’art de plaire est plus difficile, quoiqu’on en pense, que l’art de déplaire ») ; la condition (« Si ma tante avait été un homme, elle serait mon oncle »)

  • Les propositions relatives

La proposition subordonnée relative permet de compléter un nom de la proposition principale. Ce nom est appelé son antécédent. La relative apporte des informations sur ce nom ou ce pronom tout comme pourrait le faire un adjectif épithète ou un nom complément du nom. La relative est donc un mode de détermination du nom. Ainsi :

 « Nous avons vendu la maison » ; « Nous avons vendu la maison qui appartenait à mon père » ; « Nous avons vendu la maison paternelle » ; « Nous avons vendu la maison de mon père ».

Le pronom relatif qui relie la subordonnée à la principale change de forme selon la fonction qu’il occupe par rapport au verbe de la subordonnée. Examinons les relatives suivantes :

– « Je connais l’homme qui t’a salué » (qui est sujet)

– « Je connais l’homme que tu as salué »(que COD)

– «  Je connais l’homme à qui tu as parlé » (COI)

– « Je connais l’homme dont le frère est mort » (Complément de nom)

– « Je connais l’endroit où tu es allé » ( circonstance de lieu)

Les relatives peuvent être soient « déterminatives », c’est à dire apporter une caractéristique au nom. Ainsi, « j’ai vu un homme qui portait un chapeau à plume ». Elles peuvent être « explicatives », souvent encadrée de deux virgules et indique la cause d’un événement évoqué par la principale.  Ainsi,  « Le loup, qui avait faim, sortit du bois » (Parce qu’il avait faim, le loup sortit du bois).