Comment enrichir son vocabulaire

  • Engranger des mots

Des enfants de six ans placés devant une liste de quelques mots pendant un certain temps ont trois fois plus de chances de savoir dire si certains mots qu’on leur propose appartiennent à la liste présentée auparavant, que de citer de mémoire un nombre important des mots de cette liste.

La mémoire est fortement convoquée dans toutes les activités mentales, donc également lors du travail sur le vocabulaire. Mémoriser le vocabulaire se fait en favorisant le choix de bonnes stratégies d’associations, et la rapidité de ce choix au service de la compréhension. Ce n’est pas seulement retenir des termes multiples et éparpillés, qui ne servent que dans de rares occasions.

Si l’apprentissage du vocabulaire est lié à sa mémorisation, il faut prévoir une exposition au mot (sept à dix répétitions, en moyenne) qui provoque un stockage dans la mémoire à long terme autorisant des récupérations ultérieures. La conservation des données va dépendre, entre autres :

⇒ de la nature de l’information (il est plus facile de retenir des mots que des savoirs abstraits)

⇒ de son « accrochage » à un ensemble déjà existant : une information sera d’autant plus vite assimilée qu’elle s’intègre à un réseau de savoirs déjà existants. Si le mot « mangue » est inconnu, le seul fait de le situer dans la catégorie des fruits permet de récupérer toutes sortes de connaissances en rapport avec cette dernière et place ce mot dans un système connu et porteur de sens ;

⇒ de la mise en relation des données entre elles : il est paradoxalement plus compliqué de retenir un seul mot que plusieurs regroupés logiquement ;

⇒ de la profondeur du traitement que subit l’information : elle tient au nombre de répétitions qui stabilisent la mémorisation répétitions) mais aussi aux manipulations qui, en quelque sorte, vont transformer le matériau comme catégoriser, classer, mettre en schéma ou en texte… ;

⇒ de la fréquence de la réactivation des informations : un mot souvent utilisé et réinvesti s’ancrera solidement dans la mémoire et a des chances de faire partie du vocabulaire actif et deviendra facilement « disponible ».

  • Favoriser un engagement actif

À la maison, on alterne découverte de mots (collective par exemple), travail sur les mots récoltés (collectif et/ou individuel), tests (il est important de mettre en balance ce que chacun est en train d’apprendre en le comparant à ce que proposent les autres élèves) et mises en usage (on apprend des mots « pour… »).

On alterne des activités qui apparaissent faciles et d’autres qui vont contraindre à s’interroger (relance de l’adulte), ce qui favorise l’engagement dans l’activité, puis la rétention du résultat du travail.

Partant de quelque chose de connu, l’enfant adopte une posture positive lors de la réalisation d’une tâche : « Je connais ce mot, je vais pouvoir en dire quelque chose. » C’est une mise en confiance, pour des élèves fragiles linguistiquement comme pour les autres. L’enfant juge favorablement le sentiment de savoir faire. Alors il s’engage, et il est prêt à recevoir la nouveauté qui suivra, au lieu d’être méfiant.

Le but est d’éviter un décrochage d’intérêt parce que l’élève penserait ne pas savoir faire, comme souvent, quand il est placé devant des mots dont il ne sait jamais rien (expliquer les mots inconnus dans un texte consiste finalement à ne travailler que sur du non connu, ce qui est déstabilisant et frustrant à la longue). Nous allons donc montrer aux élèves qu’ils savent… mais pas tout, ce qui est gratifiant !

  • Favoriser une consolidation naturelle

Elle s’effectue d’elle-même si l’on réemploie certains mots dans les contextes disciplinaires. Le vocabulaire s’intègre alors dans l’environnement de vie de la classe (en maternelle, travailler sur le mot « vêtement » sera exploité quotidiennement ensuite lors de séance de rhabillage ; en élémentaire, travailler sur un mot relevant du programme de sciences ou d’histoire lui donnera du sens dans des contextes divers associés aux programmes, etc.).

La motivation raisonnée naît de la conviction qu’on sait plus qu’avant et mieux qu’avant, après avoir pris plus de plaisir à réaliser une activité à partir de ce que l’on sait déjà.

Pensez que lorsqu’un élève rencontre un mot dans un contexte particulier, ce dernier est « paré » d’une signification particulière. De ce fait, la découverte du sens propre (celui donné par le dictionnaire) exige donc un travail spécifique indispensable à sa mémorisation et à sa réutilisation dans un autre contexte. Le sens propre apparaîtra ainsi comme débarrassé de sa « poussière contextuelle ». Il est donc judicieux de réaliser régulièrement des activités qui déboucheront sur la constitution d’un trésor commun des mots de la maison.

  • Définir les mots

On choisit un mot (il peut être très banal ou au contraire plus rare). Vous avez en face de vous votre petit garçon qui a quatre ans et votre aînée de huit. Le mot choisi est « forêt » parce qu’on s’y balade ce jour-là. La question rituelle est : « C’est quoi une forêt » ou « forêt », qu’est-ce que cela veut dire ?

Le plus petit dit : « La forêt, c’est avec Papy. On a eu peur parce qu’on s’est perdus. » La plus grande enchaîne : « Mais non, la forêt c’est grand avec des arbres, et il y a des lapins aussi, c’est pas comme le jardin… » Votre rôle est de comparer les explications en montrant leur intérêt respectif et leurs insuffisances. Par exemple, dites que ce n’est pas seulement avec Papy qu’on va en forêt et qu’on ne s’y perd pas toujours. Souligner aussi la différence utile établie entre « jardin » et « forêt ».

C’est alors le moment de poser la deuxième question : « Et si on essayait de se mettre d’accord en expliquant ce que c’est vraiment une forêt et ce que ça n’est pas. » Le secret est la patience. Ne cherchez pas à les faire aller trop vite en leur donnant une définition immédiate. Ce n’est qu’à la fin de cette réflexion, rentrés à la maison, que vous irez chercher le dictionnaire des enfants pour lire ensemble une définition qui rompt avec l’anecdote pour privilégier la précision lexicale.

  • Quelques bonnes pratiques au quotidien dès la maternelle

L’une des grandes questions que l’on se pose quand on veut développer le vocabulaire d’un enfant est de savoir comment s’y prendre au quotidien. Ce n’est pas une mince affaire et l’on peut s’y prendre de multiples façons.

On ne se contentera plus de nommer les objets en les pointant (nomination) mais en s’appropriant leurs propriétés, leurs caractéristiques associées communes et distinctives d’autres objets (c’est la base de la catégorisation) : « Un tabouret, c’est comme une chaise, mais il n’y a pas de dossier. » C’est adopter une attitude réflexive « naturellement », c’est-à-dire y compris en situation d’écouter une histoire. Mettre de l’attention à cette écoute au lieu, seulement, de s’installer dans un rituel plus affectif que langagier. C’est cela entrer dans le langage explicite.

On passe devant un objet, un magasin, un paysage et on en profite pour le décrire et tout dénommer : « Oh regarde ! Un camion ! », « Vois, une banquette, un fauteuil, un tabouret… », etc. À force d’entendre tous ces mots, l’enfant finit par se les approprier. Évidemment, cette manière intuitive et spontanée alimente chez l’enfant la curiosité de dire tout ce qui l’entoure et de passer des noms aux verbes pour exprimer ce qu’on fait ou ce qui se passe.

Cette manière de procéder paraîtra élitiste : plus les parents disposent eux-mêmes de mots pour décrire le monde et l’évoquer, plus leurs enfants auront de chances d’en retenir à leur tour au moins quelques-uns. Il ne faut jamais se priver de partager avec un enfant tous les mots dont on dispose, même si le nombre est moins grand, car développer la curiosité est finalement l’essentiel. On ne perdra donc jamais son temps à dire le nom de choses quand on les connaît !

Les actions sont exprimées normalement par les verbes et les « noms d’actions » qui en sont d’ordinaire des dérivés. On peut ensuite passer à l’évocation du vécu puis du non vécu, du réel, de l’imaginaire, du vrai et du faux, etc.

C’estr possible pourvu qu’ils se répondent potentiellement en une relation construite, qu’elle soit sémantique, lexicale ou morphologique (associer ces mots dans des phrases simples mais correctes). Ou bien, rencontrer un mot dont la polysémie, la générativité, et/ou la productivité sont élevées et favoriseront des croisements de réseaux (ça rentre dans le monde de ceci ou de cela…).

Enrichir le stock doit se faire dans la continuité, avec ambition et modestie : un mot n’est jamais vu « définitivement », on en perdra une partie et surtout, de nouvelles rencontres dans d’autres dimensions, sujets, contextes lui donneront de nouvelles surfaces et de nouveaux potentiels. Bref, on en apprend toujours plus sur les mots, même les plus courants dont on croyait avoir épuisé tous les possibles !

  • Apprendre du vocabulaire dans toutes les disciplines

L’apprentissage de la lecture ne s’arrête pas en cours élémentaire. Au collège, où le savoir est pour partie cloisonné, chaque discipline a son propre vocabulaire qui s’inscrit dans le système lexical de la langue. Il peut être intéressant de choisir des mots suffisamment transversaux pour constater que le sens du mot change selon la discipline. Par exemple, le sens du mot « sommet » en géographie ne peut pas être appliqué tel quel en géométrie, au risque de mal saisir le contour du concept dans chacune des disciplines. Parfois – et cela va devenir productif – des significations du mot traversent les disciplines, apportant à chaque concept un élément commun qu’on pourra retrouver pour partie dans un mot inconnu.

Par exemple, le préfixe dia- constitue un indice de sens, commun à différents mots disciplinaires, tels que diamètre (maths), dialogue (littérature), dialyse (médecine). L’élément dia- renvoie à la notion de « séparation, traverse, passage ». En mathématiques, il s’agit donc de mesurer (mètr-, « mesure ») le segment qui traverse le cercle, en littérature de s’intéresser au discours qui relie deux personnages, en médecine d’épurer le sang.

C’est évidemment le professeur de chaque discipline qui devrait aborder la terminologie qui le concerne, après avoir choisi en équipe pluridisciplinaire les termes appropriés et partagés.

  • Jouer avec les mots et les idées, c’est ce que nous appelons des assouplissements lexicaux :
Jeu 1

Je sais dire mon âge, le plus précisément possible, mon année de naissance, mon mois de naissance, mon jour de naissance, le jour de la semaine où je suis né, l’âge de mes parents, etc.

Jeu 2

J’imagine tous les mots pour dire ce qu’on fait selon les âges : quand on est bébé, quand on est en maternelle, quand on va rentrer à la grande école, etc.

Jeu 3

J’imagine tous les mots pour décrire comment on est quand on est jeune, vieux, etc.

Jeu 4

Je lève la main chaque fois que le mot proposé peut aller avec « âge » :

vieillesse – temps – vin – calendrier – vétuste – usé – annuaire – air – rouge – gentil…

Jeu 5

Je commence par un début de phrase et toi tu continues : Quel âge as-tu ? J’ai… Je suis âgé de… À mon âge, j’aime…, etc.

On peut également proposer des devinettes sur l’espérance de vie de divers vivants, etc. et pour finir s’amuser avec des locutions, des sens figurés qui comporte un lien avec « âge ».

On voit ici toute l’étendue des possibles pour développer simplement la rencontre avec plein de mots de manière ludique, et à partir de termes simples bien utiles quand on va apprendre à lire et à écrire.

  • Faire des jeux sur ou avec les mots

De nombreux jeux papier ou numériques existent qui favorisent le travail ludique sur les mots.

⇒ Le Scrabble, avec ses défis, ses concours et l’ensemble des jeux et activités proposés par la FFSc, Fédération française de Scrabble, susceptibles d’être mis en œuvre avec des jeunes. Un détour sur le site Internet de la fédération n’est pas inutile.

⇒ Le mot le plus long, Motus, les mots croisés, sont également des jeux qui développent le même esprit d’usage et de découverte par devinettes.

⇒ Le jeu Times Up propose des activités de découvertes culturelles à la manière de Quizz. On pourrait adapter sans mal le même mécanisme de questionnement, puis de mime, pour faire découvrir un mot au petit enfant.

⇒ La Machine à mots, application numérique pour les jeunes et moins jeunes, à découvrir sur Internet sur le site du CIFODEM, est également une manière de jouer avec les mots, et avec les textes entendus et lus pour enrichir sa pratique de la langue.

⇒ Autre jeu simple : choisir quelques thèmes ou sujets (la maison, les pays, les paysages, le supermarché…), puis tirer une lettre au hasard et chercher tous les mots qui commencent par cette lettre pour remplir les différentes rubriques. Celui ou celle qui a trouvé le plus de mots a gagné. C’est simple, c’est efficace…