Comment distinguer les méthodes de lecture ?

Tout d’abord qu’est-ce qu’une démarche de lecture ?

Par démarches nous entendons l’ensemble des fondements théoriques qui construisent un modèle méthodologique d’apprentissage. Ne pensez surtout pas qu’une méthode de lecture se construit en mettant bout à bout textes et exercices. Les progressions dans l’étude des sons et leurs relations aux lettres doivent être extrêmement rigoureuses : des plus fréquents aux plus rares, des plus simples aux plus complexes. De même, les mots proposés doivent être obligatoirement liés à la capacité réelle des élèves à les identifier de façon autonome. Enfin, l’organisation des phrases doit respecter une échelle de complexité grammaticale. Rigueur et prise en compte des résultats de la recherche sont les obligations auxquelles doivent (ou du moins devraient) se plier tout concepteur de manuel de lecture. Est-ce toujours le cas ? Force est de dire que la qualité du travail est inégale ; c’est pourquoi il faut que vous appreniez à questionner ces manuels avec pertinence et à discuter de leurs orientations Vous devez pouvoir trouver un mode de mise en œuvre pédagogique qui, en fonction de la méthode de lecture utilisée, vous permettra de la compléter avec pertinence.

Les trois types de méthodes de lecture

La polémique sur l’apprentissage de la lecture et ses différentes méthodes n’est pas si obsolète qu’il y paraît : l’opposition entre les méthodes est le reflet des incertitudes et des inquiétudes de tous (enseignants, parents) sur des interrogations essentielles : pourquoi tous les enfants n’arrivent-ils pas à lire correctement à la fin de l’école primaire ? Comment procéder pour éviter les difficultés générées par l’apprentissage de la lecture ? Certaines démarches d’apprentissages de la lecture s’avèrent plus efficaces ou plus profitables à tous, et notamment aux élèves présentant le plus de fragilité face à la langue française. Le choix de la méthode d’apprentissage de la lecture n’est donc pas anodin. Bien connaître les méthodes, c’est éviter de les confondre, de les mêler, et de faire des choix de hasard ou de rencontre. Par commodité, nous distinguerons trois méthodes, en donnant certaines de leurs caractéristiques spécifiques.

1. La méthode synthétique dite souvent « syllabique

On dit souvent qu’elle met en œuvre un modèle ascendant : c’est-à-dire que l’on part de l’unité son et lettre puis, par combinaison successives, on arrive à la syllabe, au mot, à la phrase et au texte. La méthode synthétique propose à l’enfant d’apprendre à distinguer des unités minimales (sons ou lettres) en faisant des activités de discrimination visuelle des lettres et de discrimination auditive des sons de la langue. Cette démarche réflexive, conduite lors de l’apprentissage, est loin d’être naturelle pour l’enfant qui pratique la langue orale comme monsieur Jourdain et n’a donc pas la moindre idée de la segmentation des phrases qu’il prononce. L’enfant doit donc développer sa conscience phonologique, c’est-à-dire percevoir qu’un mot se compose d’unités fréquentes ou rares, régulières ou irrégulières, mais distinctes et reproductibles. Ainsi donc la démarche phono-graphique cherche à faire identifier par l’enfant les unités de la langue orale qu’il connaît, et à découvrir les relations, on dit « les correspondances » qu’elles entretiennent avec leurs représentations écrites. L’enfant doit tout d’abord découvrir que changer un seul son d’une série peut changer le sens : /tro/ – /gro/ ou /bol/ – /bal/, ou /mal/-/bal/-/dal/ ou /léo/ – /léa/, etc. Il doit ensuite saisir que les graphèmes (lettre ou groupes de lettres) sont l’équivalent des phonèmes pour la langue écrite et en représentent la plus petite unité distinctive. Enfin, lorsque l’enfant aura compris qu’à toute unité sonore correspond une unité écrite (même si elle peut se traduire par une ou plusieurs lettres comme CH, PH, OU…), il aura compris le « principe alphabétique ».

 C’est dans la méthode synthétique qu’on distingue clairement « voie directe » et « voie indirecte » :

  • Par voie indirecte, on entend le moment où l’enfant déchiffre les mots en les identifiant par leurs unités graphiques pour retrouver les correspondances phoniques : il les assemble et peut ainsi interroger son dictionnaire mental et avoir ainsi accès au sens du mot( Cf.p.x) On entend ainsi l’enfant balbutier maladroitement puis redire le mot en entier d’un trait et réaliser enfin ce qu’il signifie : “b…br…bra…bran…ch…che, branche, ah oui ! Une branche d’arbre !! “
  • Par voie directe, on entend le moment où un lecteur passe de la lecture ânonnante et systématiquement déchiffrée à une lecture plus fluide qui s’appuie sur une reconnaissance de la composition orthographique des mots. Il ne s’agit pas de lecture « globale » de mots mais bien d’une reconnaissance dite « orthographique ». Mais, en cas de besoin, il peut et sait décomposer le mot (c’est ce que nous faisons tous quand nous lisons des mots nouveaux ou bien des compositions de médicament ! ou même lorsque nous sommes fatigués).

On a reproché à la méthode synthétique son côté artificiel et technique. Certains ont regretté que l’enfant ne soit pas mis d’emblée en face de vrais textes au moment où il décompose et recompose. Et que la conquête du sens se trouve ainsi différée.
La plupart des travaux de chercheurs montrent que la méthode synthétique, parce qu’elle donne des outils très systématiques et précis de maîtrise des mécanismes du code, est adaptée à tous et permet, assez vite (6 mois à 2 ans), d’entrer dans une forme d’autonomie de lecture, notamment pour les élèves les plus fragiles au plan linguistique

CONSEILS

Si vous avez choisi -et c’est votre privilège- une méthode synthétique, il vous appartient de « compenser » certains aspects parfois délaissés par des manuels de ce type. Il s’agit de faire accéder vos élèves à la construction du sens alors que les méthodes synthétiques mettent un accent très prononcé sur les mécanismes du code. Ainsi :

  • Lisez systématiquement des histoires en prenant le temps nécessaire à vous assurer de leur compréhension. Demander à la fin de chacune quel film votre enfant s’est fait dans sa tête ; n’hésiter pas à rappeler le texte en cas de dérapage intempestif. Faites parler des personnages, interrogez-vous sur les lieux et sur la chronologie des actions. Expliciter certains mots difficiles
  • Tous les jours faites une cueillette de mots : deux mots nouveaux par jours dont on cherche le sens. Sens propre mais aussi sens dans des phrases différentes. On constitue avec l’enfant un « trésor de mots » que l’on ira revisiter régulièrement.
  • Faites découvrir dans une phrase les « morceaux » qui disent « QUI ? », ceux qui disent « QUOI ? », « A QUI ? », « OÙ ? », « QUAND ? »… N’hésitez pas à utiliser le mime pour donner vie à la phrase.

 

2. La méthode analytique

Certains l’appellent méthode idéovisuelle, logographique, le plus souvent « globale » (abusivement). La méthode analytique consiste à partir de matériaux écrits et à formuler des hypothèses sur leur fonctionnement. L’enfant, qui utilise d’abord des fragments entiers (souvent des mots) pour construire un message écrit (une phrase ou plusieurs), est ensuite amené à analyser le code écrit (à travers des textes) pour en déduire son fonctionnement de manière de plus en plus précise. Sans référence à la structure de la langue orale en particulier. Oral et écrit sont même parfois considérés comme des codes distincts. Se fondant sur l’idée contestable que l’on peut apprendre une langue étrangère en ne passant que par l’écrit et sans savoir la prononcer ou la parler amènent les élèves à considérer l’écrit de la langue comme un code nouveau spécifique.

La méthode analytique défend une sorte d’immersion dans le texte l’écrit, notamment en partant d’emblée d’albums de jeunesse. Elle préconise donc un accès immédiat et prioritaire au sens. La part accordée aux pratiques culturelles de la lecture, à la connaissance de l’objet livre y est donc importante. Par contre le travail patient et rigoureux sur le code graphophonologique et grammaticale est quasiment absent.

Cette méthode impose une charge mémorielle de plus en plus lourde au fur et à mesure de la découverte de nouveaux mots et de nouveaux textes, puisque que l’enfant doit retenir des mots entiers, considérés comme des images graphiques chacune associée à un sens particulier. Elles induisent parfois une maîtrise incertaine de l’écrit, des problèmes orthographiques et, surtout, n’est pas favorable à un apprentissage rapide par les élèves les plus fragiles.

Avec des méthodes plutôt orientées sur l’analyse des textes et phrases, le danger est évidemment d’encourager l’imprécision dans l’identification des mots et d’inciter à un tâtonnement aléatoire source d’erreurs et d’ambiguïtés. Vous allez faire travailler les mécanismes du code qui permettent de ne pas confondre les mots. Ainsi :

  • Faites découvrir à l’oral et à l’écrit, une même syllabe dans des mots différents : TAPIS, TABLEAU…
  • Faites trouver des mots qui riment : JARDIN, BOUDIN,GADIN…
  • Faites distinguer des mots très proches : TABLE, SABLE, CABLE
  • Faites remarquer les différences entre p, q, b, d et m, n, u …
  • Prenez soin de faire remarquer que BR de ARBRE n’est pas RB du même mot et que « CARtable » n’est pas « CRAtable »…
3. La méthode mixte

Une méthode mixte est un savant mélange des méthodes analytique et synthétique ; en bref, la recherche d’une démarche efficace, reprenant à la fois les avantages et les points les plus intéressants de chacune. Les « méthodes mixtes » sont très présentes et déclinées de nombreuses façons, principalement dans les manuels scolaires. Elles présentent l’attrait d’un tout, mais elles ne sont pas homogènes.

Certaines privilégient une abondance de textes dès le début du CP, forcément illisibles par l’élève seul. Cette tendance diffère souvent jusqu’au deuxième trimestre l’observation des lettres ou des groupes de lettres et leur correspondance avec les sons. Cette méthode mixte donnant ainsi priorité aux textes, la progression de la découverte des graphies et des sons est dictée par le texte étudié ce jour-là. Ce déséquilibre pourra provoquer chez l’élève une confusion entre les moyens d’apprendre à lire ; par cœur ou en décomposant ? Dans ce cas compensez ces manques en travaillant régulièrement sur les mécanismes du code.

Certaines méthodes dites mixtes sont heureusement plus rigoureuses. Elles commencent dés le début de l’année à faire découvrir les mécanismes du code écrit et les relations entre graphèmes et phonèmes. La progression est rigoureuse et s’affranchit des phrases et des textes rencontrés. Afin de permettre aux élèves de lire rapidement des phrases, ces méthodes acceptent le principe de donner globalement des mots outils tels que les articles (le, la, les…), les pronoms (il, elle), quelques prépositions (dans, sur, etc.) et, avec précaution, quelques mots lexicaux souvent déjà appris en maternelle.

  • Faites alors réviser systématiquement ces « petits mots pour vous assurer de leur juste identification. ET lisez très régulièrement des histoires comme indiquer plus haut.