Comment apprendre à comprendre ?

Tout au long de l’apprentissage de la lecture, pendant que vous ferez franchir une à une les étapes indispensables à la maîtrise des mécanismes, vous devrez avoir une claire conscience de ce vers quoi vous menez un enfant : cette formidable aventure qui consiste à fabriquer son propre sens à travers les mots d’un autre. C’est cette conscience du but à atteindre qui sera le moteur de l’effort d’apprentissage ; c’est donc par votre capacité à lui faire entrevoir les promesses de la lecture que vous lui ferez accepter avec bonheur un parcours parfois laborieux.

Accompagner un enfant vers la compréhension

Ne l’oubliez pas ! On n’apprend à lire qu’une seule fois de même que l’on n’apprend à parler qu’une seule fois. C’est-à-dire que l’on comprend une fois pour toutes ce que lire veut dire après avoir compris ce que parler veut dire. Cette prise de conscience des enjeux de la lecture n’est ni solitaire ni ponctuelle. Cela n’a rien d’une révélation subite, rien à voir avec l’eurêka.

La lecture dévoile ses charmes à qui les découvre à son rythme avec l’aide attentive de l’adulte. L’autre vient-il à manquer, les hypothèses faites par l’enfant resteront alors lettre morte. Personne n’en signifiera la validité ou l’erreur et l’enfant, abandonné à lui-même, nouera avec la lecture des malentendus souvent définitifs. En matière de lecture – mais aussi pour tous les apprentissages – c’est la conscience des fonctions sociales de la lecture ainsi que la clarté de la démarche cognitive qui sont nécessaires pour donner du sens à la maîtrise des mécanismes. Certes, l’automatisation des mécanismes linguistiques est indispensable pour accéder à une lecture rapide et efficace, mais si un élève n’a pas conscience du pour quoi et du comment on fabrique du sens, l’automatisation des mécanismes tournera à vide.

Une démarche pour apprendre à comprendre

Faire comprendre à un enfant la démarche de compréhension d’un texte exige qu’il la vive avec lucidité afin de prendre conscience des droits et des devoirs qu’elle impose. Le mode d’accompagnement est donc fondamentalement différent de celui que révèle une relation d’enseignement traditionnelle.

L’adulte commence par « accoucher » les représentations que chacun des enfants se fait du texte proposé. Il les accueille avec patience et bienveillance et en garde les traces précieuses dans leur diversité. Il sait que l’important à ce stade, c’est que la fonction imageante de chaque élève opère dans sa singularité. Il sait aussi que viendra ensuite le temps de l’arbitrage et du tri ; le temps où le texte et l’auteur revendiqueront leur droit légitime de distinguer l’interprétation acceptable de la trahison.

On doit donc d’abord faire confiance à l’intelligence de l’enfant. En vivant avec ses camarades les difficiles négociations du sens d’un texte, il prendra progressivement conscience des articulations de la démarche de compréhension. Il saisira que cette démarche demande rigueur et exigence, mais aussi infiniment d’ouverture, d’attention et de patience.