Apprendre à parler à ceux qu’il ne connaît pas de ce qu’ils ne savent pas encore

Certains enfants ont la chance qu’on leur donne le goût de l’exigence, l’appétit de la précision. D’autres se réfugient dans le flou et le banal pour ne pas s’exposer, pour ne pas se dévoiler à un monde qu’ils pensent indifférent ou hostile. Cantonnés à une communication de stricte connivence, ils se sont repliés sur un vocabulaire flou et réduit.

Il faut rappeler que le tout jeune enfant effectue ses premières armes linguistiques dans une situation de très grande connivence, d’extrême proximité. Ses premiers messages manifestent et soulignent le partage d’une expérience plus qu’ils ne fournissent à l’auditeur les moyens de découverte et de construction du sens. Progressivement, cet enfant va devoir s’adresser à des auditeurs nouveaux, à communiquer des réalités de moins en moins immédiates, de moins en moins partagées. En d’autres termes, alors qu’il s’adressait dans un premier temps à des gens qui le connaissaient parfaitement pour leur dire des choses auxquelles ces gens s’attendaient, l’école va lui apprendre, petit à petit, à s’adresser à des personnes qu’il connait peu et à leur parler de choses qu’ils ne connaissent pas encore.