Apprendre à communiquer

Les malentendus en termes de communication se nouent très tôt, comme s’installent très tôt les inégalités de parole, puis d’écriture. Un enfant n’apprend pas à parler plusieurs fois. Dès l’enfance, dans la famille et à l’école maternelle, il doit être amené à découvrir les enjeux de la communication humaine. Il va avoir besoin qu’on lui fasse comprendre ce que parler veut dire : le droit de laisser une trace de lui-même sur l’intelligence d’un autre, mais aussi le devoir de précision et d’organisation afin d’être compris au plus juste de ses intentions. C’est très tôt que lui sera donné le goût de l’autre. Le goût d’élire l’Autre – parce que différent – comme celui avec lequel il aura à passer des conventions qui porteront vers lui sa pensée singulière avec une chance qu’il ne la trahisse point.

Dès le début de sa vie, le bébé est un être communiquant. Dès l’instant où un bébé vient au monde, dès ses premiers regards, dès ses premiers gestes, il s’engage sur la voie de la signification pour l’Autre. Les gestes ritualisés, qui gagnent en constance et en conventionalité, sont les premières tentatives de faire de l’Autre son partenaire de communication. Des signaux aux signes, des signes aux mots, des mots aux phrases, se dessine la voie d’une communication première à laquelle la langue donnera ensuite toute sa puissance et toute sa liberté.

L’enfant a besoin qu’on l’accompagne de plus en plus loin. Pour que le pouvoir linguistique soit au bout du chemin, un enfant devra pouvoir s’appuyer sur des médiateurs qui l’aideront à sortir du pré carré de la familiarité et de la connivence pour s’adresser à ceux qu’il connait moins pour leur dire des choses qui ne leur sont pas familières. Car tel est le vrai défi de la communication.

Pour le relever, il aura besoin qu’on l’aide à analyser ses échecs et à les transformer en conquêtes nouvelles ; parents et enseignants devront lui rappeler sans cesse qu’au jeu du langage, c’est l’étranger qui est son partenaire privilégié et l’étrange son sujet d’élection. Plus il affirmera sa volonté de repousser jour après jour les limites du connu et plus il mettra courage et envie dans l’apprentissage d’une langue forte et précise. C’est en effet parce qu’on lui aura donné le désir d’élargir le cercle de ceux à qui il s’adresse et celui des sujets qu’il ose aborder qu’un jeune enfant consentira des efforts pour acquérir un vocabulaire plus riche, des structures plus complexes.