Ajuster son propos

On doit ensuite apprendre à l’enfant à ajuster son langage. À nos enfants, à nos élèves, nous devons donc proposer des situations de communication les plus variées possibles. Varier les interlocuteurs en invitant l’enfant à oser s’adresser à des gens qu’il connait mal ou qu’il ne connait pas. Varier les sujets de discussion pour passer du banal au singulier, de l’attendu à l’étrange, de l’évident au complexe. Varier les formes de discours : raconter mais aussi témoigner, décrire mais aussi expliquer, ou encore argumenter. Ces incitations régulières à relever des défis de communication, en évitant bien sûr l’importune insistance, l’obligeront à mobiliser des moyens linguistiques de puissance différente, puisant parfois au plus profond des trésors de la langue, parfois se contentant d’écumer la surface du lexique. Car il ne faudrait pas croire que l’échec en termes de communication est toujours dû à une pénurie de mots. Lorsqu’on a en face de soi quelqu’un qui nous est très proche, avec lequel on partage ce que l’on peut appeler un même « territoire d’informations », il est inutile, voire nuisible de le noyer sous une pluie d’indices.

Utiliser des mots passe-partout, des structures grammaticales imprécises et des liaisons discursives relâchées alors que la situation dans laquelle on officie exige rigueur et précision conduit aussi sûrement à l’échec. Si la prodigalité gratuite n’assure pas le succès d’un acte de communication, la pénurie ne le garantit en aucune façon. Seul vaut l’ajustement pertinent des moyens dont dispose un enfant aux attentes d’un auditeur particulier et aux exigences d’une situation particulière.

Le juste usage de la langue est donc celui qui s’appuie sur une évaluation des attentes et des besoins de l’autre et mobilise en conséquence les moyens linguistiques pertinents :

  • De quoi ou de qui ai-je l’intention de parler ?
  • Que vais-je en dire ?
  • Que sais-je de celui à qui je destine mon message ?
  • Que sait-il de mes intentions et de moi-même ?
  • Que sait-il du sujet de ma communication ?
  • Quelle situation préside à mon acte de parole ?

Telles sont les questions indispensables que doit se poser un enfant pour devenir un locuteur, et plus tard un scripteur responsable. Peser soigneusement ce que son interlocuteur est censé savoir, donner suffisamment d’informations mais pas trop, voilà ce qui conditionnera la pertinence de son propos. Mais c’est une tâche délicate…