Aider un enfant à voler de ses propres ailes

La réussite de l’apprentissage du langage dépend directement de la chance que vos enfants auront eue de se voir révéler dans leur exigence les enjeux du Verbe : vous leur aurez fait comprendre (ou pas…) que la langue permet d’aller au plus loin de soi-même et que c’est pour franchir cette distance qu’ils doivent se doter de moyens linguistiques de plus en plus efficaces. En d’autres termes, ils ne s’approprieront les moyens d’exactitude et de précision que leur offre la langue que si vous les avez poussés à sortir d’un cercle étroit de familiarité et de connivence à l’intérieur duquel ils n’en ont absolument pas besoin.

Il ne s’agit donc pas simplement d’apprendre à vos élèves des formules de politesse stéréotypées ou de corriger leurs « fautes de français ». Il s’agit de leur faire comprendre que c’est en mettant la distance et la différence au cœur même de l’usage de leur langage qu’ils lui donneront sa véritable dimension : choisir la précision et la rigueur des mots afin qu’aucune distance ne leur paraisse infranchissable, aucun être inaccessible à leur parole.

Dans cette perspective, la révélation des enjeux du langage doit nécessairement accompagner, voire précéder l’octroi des outils linguistiques : en d’autres termes, rien ne sert de faire ingurgiter des listes de vocabulaire, ou répéter des structures syntaxiques si l’on n’a pas pris soin de faire prendre conscience de ce que parler veut dire, si l’on n’a pas fait découvrir les droits et les devoirs de celui qui utilise le langage.

L’enseignant doit donc engager l’enfant dans une démarche où son langage va devoir porter une charge de plus en plus lourde d’inconnu et la porter de plus en plus loin. Pour atteindre cette fonction du langage, qui est celle de la distance et du défi à l’inconnu, il faut bénéficier de l’apport à la fois très bienveillant et très exigeant d’adultes qui, de proche en proche, vont offrir au « petit parleur » cette phrase toute simple et tellement essentielle : « Je ne t’ai pas compris, mais je veux te comprendre. »